Les textes de Aqui N 3

AQUI  n° 3                                            MAI 1986


JULI  AGARD  ( 1871 – 1943 )  ,    PINTRE  PROVENCAU

A la recherche du souvenir ….

Le soleil brille , le ciel est pur , l’air presqu’ électrique …. Flânons dans Grans … Voici la montée du cimetière , passons le portillon de la vieille grille , nous voilà en face du monument au mort .

La sobriété de sa pierre jaune vibre en harmonie avec notre lumière provençale . Saisis par sa simplicité , nous en faisons le tour . Dans un coin , une inscription : le nom des maçons . Mais du concepteur , nous n’apprendrons rien , ici . Pour en savoir plus , nous devons faire quelques pas encore , dépasser quelques tombes … Là , nous voici face à une pierre : Jules Agard , 1871-1943 . C’est lui qui a imaginé le monument , sculpté et tourné les urnes dans son atelier … modestement , il n’a pas signé .

LE PASSE , LA LUMIERE  ET  LE PRESENT .

Levons les yeux : superbe , sculpté par la luminosité , le campanile du clocher se détache au milieu des feuillages , sur un ciel d’un bleu soutenu . Un spectacle presque identique a été peint par Jules Agard , en 1937 ( voir au dos ) . Formes et  couleurs sont exaltées par notre lumière méditerranéenne , sans laquelle on ne peut réellement comprendre notre peinture provençale . Instinctivement , et par manque , les anglo-saxons perçoivent son importance  , eux qui connaissent souvent mieux que beaucoup d’entre nous notre art et notre littérature régionaux . Ce sens profond de la lumière , les grecs le ressentaient quotidiennement par l’usage du mot         qui signifiait «  lumière » , mais aussi les yeux , le regard , c’est à dire la vie d’un visage et , enfin , dans un troisième usage : la joie , la gloire . C’est une des raisons pour lesquelles autant de peintres ont aimé passionnément la Provence ; c’est pourquoi J. Agard a toujours vécu ici , par choix , et malgré l’attrait d’une carrière nationale entrevue par ses succès parisiens .

( Photo : clocher de Grans à travers les feuillages ; format 32×24 ; 1937 ; musée de la Crau , Salon de Provence  )

Chez Agard , se mêlent l’amour du Midi et celui de la lumière . Comme l’écrivait le peintre F.M. Granet ( 1775-1849 ) :  »  Sans soleil , on ne fait pas de bonne digestion  ,  sans soleil , on n’est que de la boue !  Enfin , sans soleil , pas de bonne peinture … Sans soleil , c’est la mort .  »

NAITRE A GRANS AU XIX éme SIECLE .

En 1871 , la mécanisation des transports n’avait pas encore fait de Grans la banlieue de Salon de Provence . Aussi notre village avait-il , non seulement une personnalité plus marquée , mais encore une vie commerçante nettement plus active . C’est ainsi qu’entre autres boutiquiers , il y avait un chapelier qui s’appelait Jean-baptiste Agard . il habitait dans le centre , non loin de l’église , et , en ce jour du 6 octobre , il était très heureux : sa femme Elisa ( née Teissier ) venait de donner naissance à un petit garçon . Sans aucun doute , on n’avait pas oublié d’offrir les vÅ“ux à l’accouchée , traditionnels en Provence à cette époque ( On offrait un morceau de pain , un peu de sel , un Å“uf et une branchette représentant symboliquement quatre vÅ“ux pour l’enfant :  » bon comme lou pan , san comme lou sau , plen comme un iou , dre comme una branqueto  » ) . Le petit Jules , en effet , ne devait pas tarder à faire montre de ses qualités . Il allait en classe à l’école des frères Maristes qui se trouvait rue de l’Enclos dans la maison appelée actuellement Mourlan . Cette demeure abrita la congrégation jusqu’en 1904 , date de la loi  restreignant le droit des religieux à enseigner . Les frères ,décelant chez Jules Agard des qualités exceptionnelles , conseillèrent de l’envoyer dans leur collège de Neuville-sur-Saône . C’était un de ces établissements catholiques recrutant sur toute la France les meilleurs élèves . Souvent accusés d’élitisme  , ils avaient connu leur heure de gloire au siècle passé et disparaissaient peu à peu . Pour Jules Agard , alors garçonnet d’une dizaine d’années , c’était le grand départ vers le Nord . Sur le chemin qui l’amenait à la gare , son regard a du savourer une dernière fois la beauté de la Crau .

( Photo : La Crau vers Eyguières ; 1938 ; format 46×33 ; musée de la Crau , Salon de Provence )

DES TECHNIQUES ET DES ARTS ….

Une vingtaine d’années en 1890, en  pleine période d’ expansion technique … Pour un jeune homme doué , la voie toute tracée était une grande école . Jules Agard se destinait aux Ponts et Chaussées . Mais les années 90 , c’était aussi l’apogée de Pissarro , de Monet , la peinture tenant une grande place dans la vie artistique . Par ailleurs , sur l’impulsion romantique des précédentes décennies était né un profond engouement pour le Sud , engouement que l’on peut trouver chez des auteurs comme Goethe , Nietzsche , Merimée . La Provence était devenue un lieu privilégié , en particulier pour les peintres .

( Photo : Etude de gerbes à Cornillon ; 1938 ; format 32×24 ; Musée de la Crau , Salon de Provence : c’est l’engouement pour la Provence :  » Les cigales chères au bon Socrate sont restées ici , certes , elles chantent du vieux grec  » ( Van Gogh )

Cézanne , aixois d’origine , atteignait une gloire internationale . Van Gogh insistait  , dans ses lettres , sur la nécessité de rester dans le Midi . On peut donc concevoir que J. Agard , revenu au pays après son service militaire , y soit resté , satisfaisant son goût et ses dons pour le dessin par la fréquentation de l’école des Beaux-arts de Salon . Parallèlement , son attachement au terroir se renforçait par ses activités ; il devint négociant dans le commerce des huiles qui fit la prospérité de la région au début du siècle . Par ailleurs , il fut président du syndicat agricole et on lui doit son installation au siège actuel .

( Photo :  » Route de Berre  » ; 1938 ; 46 x 33 ; Musée de la Crau ; Salon de Provence : l’olivier et la Provence : une longue histoire d’amour et d’identification …. Lutte amoureuse avec le soleil , le vent et l’aridité … )

ESQUISSE  , PEINTURE ET MODELAGE .

Jules Agard travaille donc aux Beaux-arts , mais c’est surtout en autodidacte qu’il affine ses techniques d’expression , qu’il découvre les Å“uvres du salonais Théodore Jourdan , celles des aixois Emile Loubon et Granet . Tous ces peintres ont été à l’origine de l’activité intense des arts picturaux dans les grandes villes de la région , au début du siècle .Ainsi , à Marseille , à Aix se tenaient des salons , des expositions  , bien souvent d’un niveau national . Encouragé par les chaleureux conseils du peintre Rey , qui passait ses vacances à Grans , enhardi par son amitié avec le portraitiste salonais Albert Roman ,  J. Agard travaille le portrait , le modelage , il a des succès dans différents salons de la région . A cette époque , c’est à dire dans la première décennie de ce siècle , il consacre une grande part de ses loisirs au modelage et peint , surtout sur toile . Ci-contre , à gauche , un tableau de cette époque , intitulé Oratoire , qui associe la  croix se trouvant actuellement devant les immeubles de la route de Salon , et la chapelle Mère de Dieu , rue Aristide Briand  . Grans a connu sans doute quelques transports de pierres ! Cette toile est une Å“uvre de débutant  qui n’atteint pas la maîtrise et la personnalité du paysagiste des années ultérieures . Néanmoins , elle laisse ressentir tout ce dont ses travaux seront pétris : bonheur tranquille , amour profond pour la Provence et pour les siens . Il a de nombreux amis , s’est marié … Un garçon est né : Georges , six ans à ce moment ; plus tard , c’est une petite fille : Aurore …

UNE PETIT GRANSOISE A PARIS :

Le buste de sa fille est l’un des tout premier qu’il ait réalisé . D’une facture très classique , il exprime la maîtrise d’une technique . C’est pourquoi on lui conseille  de l’envoyer à Paris . La société des Artistes Français organise annuellement  un salon dans lequel sont exposés les artistes qu’elle accepte en son sein . Les Artistes Français sont très académiques dans leurs critères de choix , et l’accès à leur groupe n’est pas des plus faciles . Les salons de cette époque sont très fermés au modernisme  , et la chose n’est pas nouvelle : Cézanne n’avait pas été admis en 1864 , et ne le fut qu’en 1882. C’est pour cette raison que s’était crée le fameux salon des refusés qui dut sa célébrité aux impressionnistes . Bien sur , en 1911 , le salon est un peu plus ouvert aux mouvements nouveaux ; bien sur , l’art de J. Agard est très traditionnel , néanmoins la sélection est toujours aussi sévère . Ceci n’empêche pas que notre peintre gransois est accepté cette année-là grâce au petit buste de sa fille Aurore .

( Photo : Buste de fillette ; plâtre d’une trentaine de cm , que l’on pouvait admirer dans l’entrée du Muse de la Crau à Salon de Provence ) .

Devenu membre des Artistes Français , il le demeurera jusqu’à sa mort . Juste avant la première guerre mondiale , encore une fois , Grans connaît un moment de gloire parisienne grâce à Jules Agard . Un nouveau modelage représentant son père connaît un vif succès et est exposé au Grand Palais . Classé hors concours , il restera présenté pendant plusieurs mois . Pour notre artiste , c’est la saison des succès . La vie tranquille du Provençal est maintenant ponctuée d’inquiétudes et de satisfactions . Il reçoit les palmes académiques et a droit à différents honneurs mais connaît aussi quelques soucis . Ainsi , il doit présenter ses Å“uvres , les envoyer par le train aux expositions …. Pour les récupérer  quelques fois abîmées , voire même cassées   â€¦ Malgré ce , l’avenir lui semble ouvert . Hélas , le futur proche , c’est la guerre et toutes ses perturbations , y compris la profonde révolution qu’elle va provoquer dans le domaines des conceptions esthétiques .

( Photo de Jules Agard dans les années 1910 ; à sa gauche , le buste de fillette auquel il dut son admission aux Artistes Français ; à sa droite , le buste exposé au Grand Palais ) .

LE PAYSAGISTE DES DERNIERES ANNEES .

La tempête de 14-18 s’est apaisée peu à peu . Revenu à Grans , Jules Agard ne retrouve pas la prospérité antérieure du négoce des huiles . Aussi se consacre t-il à sa petite propriété . Sur la route de Salon , à gauche  , à la sortie de Grans  , dans un contexte verdoyant de prairies , se trouve sa maison . Petite mais harmonieuse , elle se love douillettement au fond du pré , à l’ombre de grand arbres . C’est lui qui la dessinée et construite … Nous sommes dans les années 30 ; quelques jeunes gens , plus des amis que des élèves se rendent chez lui : Paul Mille , Jules Leydier , Paul Décombis . Ils entrent et saluent J. Agard qui prépare sa boite de peinture , abandonnée depuis la guerre et reprise seulement ces derniers temps . Dans un coin , sur une table , quelques feuillets de poésie provençale à laquelle , semble t-il , il travaillait ; sur le guéridon , un livre scientifique …. Tout respire le bonheur tranquille et cultivé .

Il sortent sur la terrasse . Là , ils remplissent  leur gourde à la pompe et les voilà partis à bicyclette , pour peindre dans la campagne …. Bien des vieux gransois doivent avoir , encore , cette image en tâte : Jules Agard , passant à vélo , sa boite de peinture sur le porte-bagage . Bien d’autres , encore , doivent posséder certain de ses tableaux  , qu’il aimait offrir à ses amis .

D’une part ces tableaux , hormis leur valeur ( J. Agard est inscrit au Benezit ) , d’autre part ces souvenirs sont autant de signes que par-delà sa mort en 1943 , il est encore parmi nous . Mais n’est-ce pas le propre des artistes ?

HOMMAGES ET RETROSPECTIVES .

En 1956 , c’est à dire treize ans après sa mort , la galerie Michel d’Aix-en-Provence offrait une rétrospective de son Å“uvre . C’était en juillet , au moment du festival , et l’exposition connut du succès . De multiples coupures de presse sont là pour en témoigner . Les critiques étaient élogieux  et notaient en particulier sa sincérité ,  » son originalité de paysagiste dans la tradition classique … un souci de l’exactitude et du détail qui , cependant , ne trahir pas l’effort  » . Parallèlement , beaucoup remarquaient que c’étaient  autant de facteurs de durabilité de son Å“uvre , contre vents et marées … et modes .

( Document : un article de presse de 1956 )

C’était en 1956 . Trente ans plus tard , à HTG , nous sommes heureux de lui rendre à notre tour hommage . Nous émettons le souhait que la municipalité se joigne à nous en donnant son nom à une de nos rues .

C. M.

Avec tous nos remerciements à la conservatrice du Musée de la Crau à Salon de Provence , qui nous a autorisés à prendre des photos , ainsi qu’à Bernard Weber , à qui nous les devons .

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Promenade  â€¦. Sous Grans  !

 » A la ratocratie universelle , et à tous ceux qui acceptent  de déambuler avec moi dans les labyrinthes gransois , aux fins d’approcher les rats , lesquels sont parfois moins redoutables de ceux que l’on peut côtoyer dans le quotidien sous le grand chapiteau de la société humaine « 

Quels sont les gransois  qui n’ont pas , une fois au moins , traîné leurs culottes dans la boue des égouts ou souterrains serpentant sous le village ?

Pourtant , quand le projet d’étude des réseaux souterrains fut accepté par H.T.G. , et qu’une visite de reconnaissance fut décidée par des volontaires enthousiastes , certains de ces mêmes gransois ( aujourd’hui plus âgés il est vrai ) se sont exclamés :  » au fou !  » : risques d’éboulement , crues subite , attaques microbiennes furent , entre autres évoquées , et l’enthousiasme des volontaires s’en trouva quelque peu affaibli …

( photo )

Il est vrai que tout ce qui se passe sous terre , et de plus dans l’obscurité , reste inquiétant et étrange . Les superstitions et l’ignorance ont fait de ces lieux une zone de répulsion . Encore aujourd’hui , l’on entend répéter des légendes selon lesquelles les chauves-souris s’emmêlent aux cheveux , ou , par leur urine , rendent aveugle ; que là-dessous des rats atteignent  » le kilo » , grouillants et affamés . Que les entrailles de la terre , enfin , abritent tout ce qui il a de plus diabolique , sans parler de bestioles aussi dangereuses qu’inconnues …

( photo )

… Et bien non ! Rien de tout cela , heureusement . Seule , une chauve-souris , paisiblement accrochée à la voûte , nous a dédaigneusement regardé poursuivre nos déambulations pataugeuses . Le port du casque aurait-il découragé ce petit mammifère ? Pas de rats non plus , mais je pense qu’un groupe d’énergumènes bottés et casqués , se déplaçant à quatre pattes , a probablement été pris pour d’éventuels prédateurs par ces rongeurs ; ainsi , ils nous ont laissés librement circuler sur leur boulevard , contemplant ceux qui par leurs déchets et leur négligence les nourrissent toute l’année …

Merci donc de votre discrétion , messieurs les muridés ; quand aux éventuels pièges des sous-fifres de Satan : R.A.S. ; les seuls obstacles rencontrés furent les Å“uvres utiles ou non des individus de notre espèce .

Mais soyons sérieux ! Pour l’insalubrité de l’air , il faut noter que toutes ces canalisations explorées sont de courte longueur et que l’air y circule librement ;

l’eau provient soit de la Touloubre , du canal de Craponne , soit des fontaines ou des sources servant à irriguer toute la campagne alentour et à arroser nos jardins potagers ;                   enfin , il est important de savoir que toutes les habitations sont ( théoriquement ) raccordées au tout-à-l’égout ou à une fosse septique . Voilà : ces quelques mises au point devraient rassurer les plus  » septiques » mais c’est vrai qu’il vaut mieux savoir sur quoi on marche même si certains affirment que du pied gauche , cela porte bonheur !

( Photo )

Cette visite , à laquelle ont participé : Bernard  Weber , Robert Thibaud , Norbert Bertinotti et Madame , D. Moynault , encadrés par deux membres du spéléo-club de Grans ( dont M. Etienne ) a permis de prendre contact avec le milieu et servira de prélude à certains travaux d’approche . Sans vouloir faire une longue énumération , ceux-ci concerneront , entre autres : la topographie , le repérage d’anciennes turbines de moulins , de sources , la datation et l’étude architecturale des réseaux , des fouilles de dépôts , des relevés photographiques …. Dont les résultats seront ensuite publiés par « Aqui » .

(  Photo )

Gransois , à vos souvenirs !   Faites nous connaître le anecdotes ou légendes se rapportant aux conduites souterraines de notre village !

Signalez nous les anciens réseaux aujourd’hui perdus ou obstrués .

Pour cela , prenez contact avec les responsables d’Aqui ou laissez un message dans la boite aux lettres en Mairie .

Il y a quelques années , le grand nombre de moulins gransois ( blé , huile ) était directement lié au système hydraulique aérien et souterrain ; c’est pour cela qu’une meilleure connaissance dans ce domaine pourrait nous être utile  afin de mieux comprendre la vie de notre village autrefois .

Pour le coté anecdotique , il est bon de noter qu’aucun incident n’a entravé le bon déroulement de cette excursion sauf …. quelques tôles froissées : Bernard Weber , coulant certainement tester pour nous le port du casque a , pendant une marche arrière dans sa voiture , quelque peu bousculé l’unique arbre situé sur e parking du moulin à blé , ce qui , statistiquement , est tout à fait improbable !

N. Bertinotti

( Photos )

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L’ENIGME DE LA TOULOUBRE

Qui ne connaît la Touloubre ? Serpentant  dans la campagne gransoise , des méandres la conduisent , indifférente aux reliefs voisins , à travers les étendues de la plaine de Lurian vers les collines de Grans . Puis , elle traverse la village , recueille les sources de Mary-Rose et , après avoir ceinturé les hauteurs de Beaumajour , elle s’échappe dans une gorge étroite vers Saint Chamas et l’étang de Berre .

( Photo )

Où réside le mystère ? Pas dans ses eaux troubles , parfois nauséabondes , autrefois si claires  ; pas non plus dans son origine : née près de Venelles ( au nord d’Aix ) , la Touloubre est un petit fleuve côtier de 60 km de long , au parcours bien connu ; non l’énigme de la Touloubre , c’est qu’au lieu de couler vers la Crau , plane et dégagées , elle préfère affronter l’obstacle de Beaumajour et forcer son passage vers l’étang de Berre : curieux , non ?

( photo )

Les romains à Grans ? c’est l’explication la plus courante aujourd’hui , que des auteurs comme Gimon ( chronique de la ville de Salon ) ou Papon ( Histoire de la Provence ) ont avancé dès le XIX éme siècle ; AQUI a décidé d’ouvrir ce dossier . L’enquête a été longue et , vous le verrez , le dossier est assez complexe mais cela en vaut la peine : notre petite Touloubre , tranquille entre ses berges ombragées , a une histoire plutôt tourmentée !

( Photo )

I ) CINQ QUESTIONS , DEUX HYPOTHESES , UN FLEUVE : SUSPENSE …

A ) Cinq changements de cours en 20 Km , entre Salon et Saint Chamas : voilà qui est beaucoup pour un seul fleuve ! La carte d’Etat major ( 1/25000 , Salon , 5-6 ) les met en évidence ; complétons-la avec les indispensables données géologiques  et voici ce que l’on obtient ( carte 1 ) :

1 : du nord de la base aérienne de Salon jusqu’au château du Bruy : un coude à 90° sud ; la Touloubre longe le bord des cailloutis de Crau ( zone 3 de la légende ) ;

2 : château de Bruy au moulin de Picaud : inflexion vers l’Ouest puis courbe à concavité nord ; le cours , à la limite du cailloutis de Crau et de la molasse miocène entaille indifféremment l’un et l’autre ;

3 : Moulin de Picaud à Cornillon : nouvelle variation90° Sud : le fleuve coule dans une vallée encaissée entre des buttes à sommets plats  ( NNOï‚® SSE ) ;

( carte 1 , d’après Gervais , Roux , Colomb ; op. cité )

4 : Moulin de l’Abba ï‚® pont Flavien : cours subséquent ( parallèle au front ) , qui oblique vers l’Ouest , entaillant alternativement deux formations : mollasse miocène ( zone 2 ) et calcaires crétacés du chaînon de la Fare ( zone 1 ) ;

5 : Après le Pont Flavien : vallon de St-chamas : le cours reprend l’orientation du 3 ( NNO ï‚® SSE ) , s’encaisse et abouti dans l’étang de Berre en aménageant une flèche deltaïque .

B ) Or , à partir de la plaine de Salon , la plaine de la Crau aurait offert un parcours linéaire , régulier ( pente à 3,1%° , exempt d’accidents géologiques : que s’est-il donc passé ?

Deux arguments géomorphologiques peuvent être invoqués : a) : pour les variations 1 et 2 : l’épandage du cailloutis de la Crau de Miramas a visiblement contrarié le cours naturel de la Touloubre vers l’Ouest . Ces dépôts tardifs ( glaciation de Würm :  voir graphique ci-dessous ) sont dus à la Durance , qui gagnait alors la mer par la Cluse de Lamanon ( carte 2 ) .

( Graphique : les glaciations au quaternaire et les cours successifs de la Durance )

b ) Pour les deux tronçons orientés NNO ï‚® SSE ( 3 et 5 ) : existence préalable  de dépressions alignées ou parallèles , ravinées par les torrents .

c )  La variation 4 s’explique logiquement : le fleuve a recherché et aménagé la ligne de la plus forte pente pour gagner l’étang de Berre .

Ainsi apparaît le problème-clé : la variation à 90° Sud an niveau du moulin de Picaud .

C ) A vous de choisir :

hypothèse 1 : les romains . C’est , il est vrai , tentateur ! On ne prête qu’aux riches et les romains dans notre région en ont fait bien d’autres : arènes d’Arles , pont du Gard , usine de minoterie de Barbegal … ce serait , de surcroît , flatteur pour Grans . Encore faudrait-il :
a) – en voir l’intérêt ;
b) - en trouver les traces : maçonnerie , dallage , creusement … Or , précisément , il n’y en a aucune , ou si peu . Desjardin , reprenant Villeneuve , qui lui-même le tenait de Papon ( ! ) assure , sans l’avoir vérifié , que l’on trouvait , au pied de Beaumajour  » des anneaux de fer scellés dans le rocher , ainsi que la trace de rochers taillés de main d’homme  » ( in  » Géographie administrative de la Gaule romaine , tome 1 p 166 , note 3 ) . Selon lui , les romains auraient même détourné la Durance ( ! ) vers la Touloubre et l’étang de Berre . Outre qu’on ne voit pas la raison d’un tel travail ( à part pour le plaisir de construire ensuite le pont Flavien ! ) , l’absence de preuves conduit à écarter pour l’instant cette hypothèse .

hypothèse 2 : une conjonction de phénomènes naturels . La nature ,   en effet , a des capacités parfois stupéfiantes  : agissant insensiblement , silencieusement , sous nos yeux  , elle a pour elle l’éternité des temps géologiques ( on y compte volontiers en millions d’années … ) et l’obstination ; la variété aussi : celle des différents types de roches , des paléoclimats ( climats anciens ; ceux d’aujourd’hui ne datent que de 10 000 ans ) . Cette hypothèse est susceptible de démonstration scientifique : voyons-en les arguments !

II ) LA PREHISTOIRE DE LA TOULOUBRE  â€¦

A ) Les faits :

Trois géologues de l’université de Provence , Gervais , Roux et Colomb se sont à une série d’études approfondies sur la région de Grans . De leurs travaux et de ceux de leurs prédécesseurs ( Gouvernet … ) on relèvera les faits significatifs suivants :

a ) entre Grans  et moulin de Picaud : existence de gravières exploitées dans une formation géologique inférieure ( donc plus ancienne ) au cailloutis de la Crau et de Miramas ;

b ) cette formation inférieure ( dépôts d’origine locale ) comble une série de tronçons de vallons , qui ceinturent le relief de Beaumajour ; il s’agit là sons doute d’un ancien thalweg ( = lit ) creusé dans la roche sous-jacente ( substratum ) miocène ;

( carte 3 structure géologique de cette partie de la Touloubre )

c ) cette formation locale  est très caractéristique : absence d’éléments d’origine alpine , absence encore plus remarquable d’éléments caractéristiques du fini-miocène de Beaulieu ainsi que ceux ( calcaires oligocènes ) du bassin amont de la Touloubre ; or , ces deux séries se retrouvent avant et après Grans !

Par contre , calcarénites du néocomien ( secondaire )et valves de chlamys sont très abondantes , provenant de gisements vindoboniens proches : l’analyse plus fine ( orientation et inclinaison des galets , taux d’usure … ) en situe l’origine dans les chaînons de la Fare-Lançon ;

D ) enfin , cette formation s’est faite en climat froid et humide car les phénomènes d’altération sont quasi-nuls ; un niveau de sables gris fossilifères du moulin de Picaud révèle une flore et une faune typiques du Riss III ( troisième phase de la glaciation de Riss ) . On peut donc parler d’une Crau  » de Grans  » : quel honneur !

B ) Les conséquences :

Il apparaît donc :

a) : que cette Crau rissienne ne doit rien ni à la Durance , car elle est antérieure aux dépôts effectués par celle-ci , ni à la Touloubre , en l’absence  des éléments véhiculés nécessairement par ce fleuve ;

b) que les éléments constituants cette Crau de Grans ne peuvent venir que de l’Est -Sud-Est ;

c) et qu’ainsi la Touloubre a offert deux aspects successifs , que l’on peut présenter comme suit :

C ) La Touloubre , il y a 200 000 ans ( époque de la glaciation  Riss ) :

A cette époque , un affluent rive gauche de la Touloubre , venant du chaînon de la Fare , longeait les hauteurs de Grans  , accumulant des dépôts , avant de rejoindre la Touloubre ; celle-ci coulait alors en pleine Crau , vers l’Ouest , comme le prouve un paléothalweg sous la Crau actuelle , que des sondages du BRGM ont mis en évidence ;

Il y a 200 000 ans , les hauteurs de Beaumajour , couronnées de pins sylvestres , devaient dominer une étendue plate , marécageuse , bordée d’une maigre végétation ( steppe herbacée ) balayée par les vents …

Reconstitution d’un paysage de la Crau à l’époque rissienne )

D ) La Touloubre , il y a 70 000 ans ( à l’époque de la glaciation Würm ) :

Ici intervient à nouveau la Durance  : celle-ci avait déjà inondé et comblé de dépôts la partie Ouest de la Crau à plusieurs reprises ( Günz , Mindel ) , regagnant entre temps son lit habituel ( celui d’aujourd’hui ) , comme le montre la carte 2 ) . Or , à une date discutée âprement ( fin du Riss , ou début du Würm ? ) , l’ouverture brutale du seuil de Lamanon entraîna la « vidange » rapide d’une partie de la vallée de la Durance . Coulant avec une force nouvelle charriant de gros débris venus des Alpes , elle occupa sans complexe ce nouvel espace et le recouvrit de dépôts jusqu’au pied des hauteurs de Grans ( tracé Würm , carte 2 ) ; que pouvait alors faire , face à ce géant tumultueux , notre petite Touloubre , et son encore plus petit affluent ?

- d’abord éviter l’obstacle , en se glissant entre lui et les hauteurs de Grans ( variation 90° Sud n°1 , courbe Nord n° 2 ) ;

- stagner en recherchant une issue par infiltration : marais de Bruy ( schéma 1 ) .

III )   L’ISSUE DE SECOURS .

Pendant ce temps , de l’autre coté des reliefs de Beaumajour , les eaux de ruissellement s’écoulaient vers le Sud , en direction de l’étang de Berre  , contrariée seulement par l’extrémité Ouest de chaînon de la Fare ( d’où un court crochet vers le Sud-Ouest : tronçon 4 ) ;  Pendant les glaciations ( Riss ,  würm ) , le niveau de la mer baisse : c’est la régression marine ( schéma  : variation du niveau de la mer pendant les glaciations )  , et chaque fois , l’étang de Berre se retrouve presque vide ; les fleuves ont alors un cours plus violent car la pente est plus forte , ils érodent fortement leur lit , le creusent activement ( gorges , canyons ) . Or , tout érosion a une action régressive , notamment à la tête du bassin versant  ; les deux schémas ci-dessous montrent comment ce phénomène a pu aboutir à une véritable capture de la Touloubre :

( schéma 1 : la Touloubre pendant les 1éres glaciations  ;  schéma 2 : la Touloubre au début de la glaciation würm )

Ce type de capture , dit  » par recul de tête » est un phénomène qui a de nombreux exemples , en France ou ailleurs . L’analyse des dépôts en terrasse du moulin de Picaud jusqu’à l’étang de Berre permet de conforter cette hypothèse et d’établir notre conviction : tant pis pour les romains !

Signalons enfin que les trois entailles de moulin de Picaud , Canebières et de la fontaine Mary-rose sont des reculées karstiques ( autre manifestation de l’érosion régressive ) , dues à des sources qui drainent la nappe phréatique de la Crau ( carte 3 ) .

Le plus étonnant enfin pour terminer : un affluent de la Touloubre , ente le moulin de l’abba et le pont flavien , est en train de faire la même chose en usant le seuil de Cornillon-Confoux ; quand il sera parvenu à ses fins  ( dans 100 000 ans ? ) , la Touloubre coulera directement de Salon vers l’étang de Berre , court-circuitant Grans : pécheurs de la  » Truito granouienco  » , profitez-en , pendant qu’il est encore temps !

Daniel Moynault

Ce dossier a été établi à l’aide des travaux de Colomb , Roux et Gervais qui apparaissent dans diverses publications dont le bulletin du muséum d’histoire naturelle de Marseille ( 1970 ) , les publications du CNDP et la revue  » Géologie méditerranéenne  » . Ont été consultés aussi des travaux plus anciens dont Gourvernet :  » Promenades géologiques en Provence ) et bien d’autres : c’est à tous que j’adresse mes remerciements ici .

( Photo : la Touloubre , un fleuve si tranquille … )

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Un conte provençal de Frédéric Mistral

 »     L’enfant de mas   »

Moun enfanço proumiero se passè au mas , en coumpagno di bouié e di  segaire ; e quand au mas passavo , de fes , quauque bourgés , d’aqueli e meme umelia , de veire  que  mi gènt devenien sus-lou-cop reverencios per éu , coume s’éro mai qu’éli :

–coume vai , demandave , qu’aquel ome d’aqui parlo pas coume nous-autre ?
– pèr-ço-qu’es un moussu , me respondien.
–Eh ! bèn alor , fasiéu d’un pichot èr feroun , léu volo pas èstre moussu .

Avieu remarca tambèn que , quand avian de visito , coume aquelo , per eisèmple , dou marqués de Barbentano ( qu’erian vesin de terro ) , moun paire , que d’ordinàri , quand parlavo de ma maire davans li servitour , l’apelavo  » la mestresso  » , aqui , en ceremounié , la denoumavo  » ma mouié  » . Lou bèu marquès e la marqueso chasco fes que venien , m’adusien de perlino e àutri privadié . Mai iéu , entre li vèire descéndre de veituro , coume un souvagéu qu’ère , m’anave tout-d’un-tems escoundre à la feniero… e pauro Délaïdo , crido que cridaras :  » Frederi !  »  Ah ! pas mai … Dins lou fen , amata que n’en disiéu pas uno , esperave d’enténdre li rodo d’ou carrosso emporta lou marquès , e pièi ausiéu ma maire , avau davans lou mas :  » Moussu de Barbentano , madamo de Barbentano , que venien pèr lou vèire , aquéu calèu , e se vai escoundre ! « 

E au-lio de drageio , quand sourtiéu , pièi , crentous , de moun amgadou , zou ! aviéu ma fouitado .

De quant amave mai ana mé mou Papoti , noste mèstre-varlet , quand , darrié lou coutrié tira pèr si dos miolo , li man au manetoun , me cridavo flaugnard :

 Pichot ! vène lèu , vène ! que t’aprendrai à countreja .

F. Mistral
(  » Memori e raconte  » Plon éditeur )

Traduction:

L’ENFANT DU MAS

Mon enfance première se passe donc au mas , en compagnie des laboureurs et des faucheurs ; et , quand au mas passait parfois quelque bourgeois , de ceux qui s’appliquent  à ne parler que français , moi , agacé , et même humilié de voir que mes gens devenaient sur le coup révérencieux envers lui , comme s’il leur était supérieur :

 Comment se fait-il , demandai-je , que cet homme-là ne parle pas comme nous ?
 Parce que c’est un monsieur , me repondait-on .
 Et bien alors , disais-je d’un petit air farouche , moi , je ne veux pas être un monsieur .

J’avais remarqué que lorsque nous avions des visites , comme celle par exemple du marquis de Barbentane ( nous étions voisins de terre ) , mon père , qui d’ordinaire , quand il parlait de ma mère devant les serviteurs , l’appelait  » la maîtresse  » , là , en cérémonie , il la dénommait  » ma moitié  » . Le beau marquis et la marquise , chaque fois qu’ils venaient , m’apportaient des pralines et autres friandises . Mais moi , quand je les voyais descendre , comme un sauvage que j’étais , j’allais aussitôt  me cacher au grenier à foin … et la pauvre Adélaïde , crie que tu crieras :  » Frédéric !  » Ah , pas plus … ! dans la foin , caché , je n’en disais pas une ; j’attendais que s’éloigne le bruit des roues du carrosse emportant le marquis , et puis j’entendais ma mère , en bas devant le mas :

– » Monsieur de Barbentane , madame de Barbentane qui venaient pour le voir , ce têtu , et il va se cacher ! « 

Et au lieu de dragées , quand je sortais ensuite craintif de ma cachette , zou , j’avais ma fouettée . Je préférais aller avec le  » papoti  » , notre maitre-valet , quand derrière la charrue tirée par ses deux mules , les mains au maneton , il me criait , patelin :

– » Petit ! viens vite , viens ! je t’apprendrais à labourer ! « 

Traduction : J.C. Dauphin . Texte illustré de dessins du traducteur .

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AIMEZ –VOUS L’ARCHEOLOGIE ?

L’attrait de l’archéologie , stimulé par le livre , la presse , la radio et la télévision , suscite aujourd’hui trop de vocations mal fondées , trop de recherches mal conduites pour qu’on ne soit pas tenté de tempérer les ardeurs de cette multitude de chercheurs , mais aussi de les informer et les conseiller .

Il existe cependant une catégorie de  » chercheurs » qui , terriblement individualistes , resteront probablement toujours en marge de la science archéologique et préhistorique : ce sont les pillards clandestins , les chercheurs de trésors plus ou moins organisés . Il ne reculent devant aucun obstacles , et vont jusqu’à  » travailler  » à la dynamite ! C’est à cause d’eux que la puissance publique , émue par l’effroyable gaspillage déjà réalisé de documents irremplaçables a décidé de placer la recherche archéologique sous contrôle grâce à un service des Antiquités , chargé de la direction et de la surveillance des fouilles et qui a le pouvoir de sanctionner de plus en plus sévèrement les infractions .

Nombreux sont les collectionneurs , pour lesquels l’objet archéologique est une fin en soi ou un élément de décor  , ou même un moyen de s’enrichir . Ils visitent les chantiers , les sites abandonnés , mais aussi les sites en cours de fouille . On peut comprendre cette passion de l’objet lorsque le chercheur a l’honnêteté de la signaler . Or , actuellement , 90 % des découvertes fortuites ne le sont pas et sont perdues non pas seulement pour la science mais pour la communauté toute entière .

Beaucoup d’entre eux ne savent pas que l’objet signalé ne leur sera pas enlevé , qu’ils ont parfaitement le droit de la conserver chez eux , une fois celui-ci dessiné , mesuré , photographié et ses indices relevés .

( photo : sépulture éventrée par une pelleteuse près de Mallemort )

Les plus intéressants parmi tous ces chercheurs , ce sont les amateurs mus par un sincère amour de l’archéologie  , isolés sur leur terroir , désemparés par l’importance de leurs trouvailles , inquiets de leur destination . Ils ignorent les démarches à suivre et l’aide dont ils pourraient bénéficier . Etudiant ou non , l’amateur est amené à s’intéresser à l’histoire , la géologie et à toutes les disciplines annexes : il comprendra vite que le véritable plaisir de la découverte passe par la collaboration étroite avec les professionnels et il viendra alors grossir le nombre des amateurs éclairés sans le concours desquels on ne pourrait aujourd’hui envisager de fouilles !

En effet , à coté de l’archéologie officielle , sanctionnée par des diplômes difficiles  à obtenir , il en existe une autre , plus accessible , compatible avec n’importe quelle profession et néanmoins sérieuse : ces chercheurs doivent leur formation à leur lectures , leurs études et à une participation active aux chantiers de fouilles .

L’Etat ne peut , en effet , avoir à demeure , dans chaque commune , un archéologue patenté . A une époque où l’on commence à envisager une véritable civilisation des loisirs  , il ne manque pas de besogne intellectuelle à faire en archéologie . L’amateur le plus modeste peut rendre d’immenses services , par exemple noter les indices archéologiques qui apparaissent au moments de travaux agricoles , ou lors de terrassements au voisinage de sa maison . Il est important que lors des découvertes fortuites , il prenne les précautions élémentaires , c’est à dire situer les documents dans leur contexte ,déterminer les structures qui les entourent …

( Photo : fouille scientifique d’un abri à Chateauneuf -les Martigues )

Un amateur débutant ne peut pas par contre entreprendre de fouilles , si modestes soit-elles , car la fouille est un acte irréversible . Elle détruit sans remède ce qu’elle étudie . Un site saccagé par des recherches mal conduites est définitivement perdu ; il ressemble à un parchemin qui s’effacerait au fur et à mesure de la lecture . Le fouilleur inexpérimenté peut ainsi détruire les trouvailles , soit parce qu’il ne sait pas les voir , soit parce qu’il est incapable de les extraire du sol sans les abîmer …

Si donc cet amateur  veut se livrer aux joies autrement gratifiantes de la découvert vraiment scientifique , alors , il a intérêt à faire plusieurs stages sur les chantiers de fouilles ou dans les écoles de fouilles dirigées par des cadres expérimentés , car chaque fouille pose des problèmes différents .

Il apprendra ainsi à lire le terrain , les cartes , les photographies aériennes , à faire un levé de terrain , un relevé de fouilles sur un plan , à dessiner une coupe stratigraphique , à être un bon photographe , à rédiger un journal de fouilles , plus quelques notions de toponymie , d’anatomie , de paléontologie , d’ethnologie …

Il devra également savoir travailler avec ses mains avec habilité , faire preuve de modestie et de prudence dans les hypothèses de travail et ne jamais perdre de vue qu’à travers une fouille , ce sont des hommes , une culture , des comportements qu’il faut essayer de comprendre !

( Photo : fouille d’une sépulture datant de 1800 av. j. c. ,près d’Eyguières )

Les archéologues amateurs peuvent aussi avoir sur le plan local un rôle à jouer en animant des associations comme la nôtre ( Histoire et Traditions Gransoises ) , en les invitant à faire de l’archéologie vivante , et réciproquement , les associations peuvent être leur porte parole , leur garant .

Dans combien de départements français possède t-on un répertoire des découvertes archéologiques et préhistoriques par communes , par lieux-dits , ou même un fichier avec plans et photos des monuments mégalithiques ?

De petits groupes d’amateurs pourraient se répartir la tache  des inventaires ( musées , bibliographies ) et la vérification sur le terrain . Et il faudrait encore rechercher dans les bibliothèques publiques ou dans les archives des archéologues qui nous ont précédé , les notes qu’ils ont patiemment rassemblées et qui sont restées inédites …

( Dessin : reconstitution d’un campement de chasseurs  , vers 12 000 av.j.c. )

Vous donc , qui prospectez , qui trouvez , qui voulez servir la connaissance de votre commune , de votre région , de votre pays , n’hésitez pas à signaler vos découvertes ; notre association est à votre disposition pour vous aider , pour vous faire connaître , pour vous conseiller .

A retenir : une boite aux lettres  » AQUI  » se trouve dans le hall de la Mairie de Grans elle vous permettra de nous contacter ;  Des chantiers de fouilles archéologiques existent dans les environs immédiats de Grans . On y accepte des stagiaires des deux sexes .

B. WEBER
Correspondant de la Direction des Antiquités préhistoriques pour le canton de Salon et Eyguières .

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