Les textes de Aqui N°4

AQUI  n° 4                                            DECEMBRE 1986


A TRAVERS LES ARCHIVES LOCALES

La remise en ordre des archives municipales permet leur exploitation.

Aqui se fera l’écho des travaux que les membres d’Histoire et Traditions Gransoises ont entrepris. Ces échos seront courts et simples ; les études proprement dites seront publiées dans des revues de volumes plus importants,

Les deux articles qui suivent n’ont d’autre point commun que d’avoir été rédigés après le premier sondage effectué dans le plus ancien volume de chacune des deux collections disponibles :

- les procès-verbaux des réunions du conseil municipal qui débutent en 1809,

- les registres d’état-civil qui débutent en 1655 et sont: jusqu’à la Révolution, tenus par le curé.

LA CONSCRIPTION IMPERIALE A GRANS

Sous le Premier Empire, la Mairie, à la fin de l’année, établissait.

la liste des conscrits, c’est à dire la liste des jeunes gens ayant 20 ans l’année suivante. Cette liste figure au registre des délibérations ainsi que de nombreuses indications relatives au sort des conscrits. Ces indications, malheureusement incomplètes et disparates, permettent de reconstituer l’impact des guerres napoléoniènnes sur notre village ; le présent article expose les conclusions provisoires dégagées.

Les conscrits qui n’étaient pas soutiens de famille participaient au tirage au sort qui désignait les « grands conscrits » seuls appelés à rejoindre les drapeaux.

Les « grands conscrits » passaient ensuite devant l’équivalent de conseils de révisions dont les décisions ont été conservées dans 15 cas « dispense définitive ». Les raisons invoquées sont :

- taille inférieure à 1,50 mètre……………………………..5

- mauvaise conformation du thorax………………………3

- « état voisin du marasme » ou faible complexion……2

- perte du pouce de la main gauche

(mutilation volontaire classique à l’époque)……………1

- teigne………………………………………………………………1

- imbécilité reconnue…………………………………………..1

- enflure permanente d’une jambe…………………………1

- tumeur…………………………………………………………….1

En cas de réforme, la famille du grand conscrit voyait ses impôts doublrt s’ils étaient auparavant égaux ou supérieurs à 50 francs mais n’était pas pénalisée si elle était trop pauvre pour atteindre ce seuil d’imposition. Les Gransois ne devaient pas être très riches puisqu’une seule des quinze familles payait plus de 50 francs d’impôts (51,61 francs exactement) ; il s’agissait de la famille de Jean-Joseph Cartier.

L’humeur des conseils de révision, le comportement des conscrits ou, peut-être, leur état physique ont dû beaucoup évoluer puisque, pour des effectifs comparables l’on note :

- 4 dispenses définitives de 1802 à 1807,

- 15 dispenses définitives de 1809 à 1813.

Les grands conscrits pouvaient à tout moment se faire remplacer par un garçon non mobilisable par ce qu’étranger ou favorisé par le tirage au sort. Il leur fallait indemniser le remplaçant et payer IOO francs au gouvernement.

Etienne Terras se fit ainsi remplacer par un Italien, tandis que Gérard Lazard remplaça un Aixois.

Un état de 1813 récapitule le sort des 79 conscrits gransois des 6 classes 1802 à1807 :

- 6 sont décédés de morts « civiles »

-    45 ont été dispensés du service et sont soutiens de famille

-    4 ont été réformés

-    24 ont rejoint les forces armées.

De ces 24 militaires

- 4 sont morts sous les drapeaux,

- 3 ont été réformés pour maladies ou blessures survenues après leur incorporation,

- 2 ont disparu, probablement par désertion,

- 2 sont retraités,

- 13 sont encore au service (deux d’entre eux onze ans après leur incorporation) .

Il n’est pas possible de reconstituer avec précision tout ce qu’il advint aux 165 conscrits gransois des 13 classes allant de 1802 à 1814, mais il est possible grâce à de nombreux recoupements d’avancer les données suivantes :

-  13 sont décédés de mort naturelle,

-  80 ont été exemptés comme soutien de famille (fils de veuves, fils aînés de familles         nombreuses, frère de militaires, jeunes pères,..)

-  15 ont bénéficié de « dispenses définitives » que nous appelons réformes »,

-  52 ont été effectivement mobilisés.

De ces 52 militaires

a) 3 ont déserté,

b) 31 étaient rentrés dans leurs foyers le 12 Décembre 1814 et ont été invités se présenter au printemps 1815 à Aix en Provence pour être éventuellement mobilisés lors de la reconstitution de l’Armée française pendant les Cent Jours qui suivirent le retour de Napoléon de l’Ile d’Elbe.

Ce sont :

Georges Silvy 37° régiment d’infanterie de ligne
Jean-Pierre Michel 6°      ‘’
Jean-Baptiste Dor 85°     ‘’
Etienne, Victor Aubert 128°    ‘’
Antoine, Victor Gérard 16°     ‘’
Joseph Callamand 103°    ‘’
Lazare Bérard 42      ‘’
Antoine, André Boyer 102°    ‘’
Barthélémy Roux 102°    ‘’
Jean-François Barras 102°    ‘’
Jean-Jospeh Poitevin 102°    ‘’
Pierre Achart 102°    ‘’
Jean Mounet 102°    ‘’
Lazare, Désiré Poitevin 2° régiment d’infanterie de ligne étranger
Ferdinand Terras 11° régiment d’infanterie légère
Jean-Baptiste Curmier 14°     ‘’
Philippe Orcel 14°     ‘’
Jean-Antoine Barbier 14°     ‘’
Jean-Baptiste, Louis Giraud 14°       ‘’
Jean-Baptiste, Sylv. Etienne 14°      ‘’
Marius Trouillard 22°     ‘’
Laurent, Gaspard Clément 22°     ‘’
Vincent, Louis Vallière 22°     ‘’
Antoine, Frédéric Ravenel 22°     ‘’      conscrit de 1809
Augustin Roux 22°     ‘’      conscrit de 1810
Antoine Théodore Latour 22°     ‘’      conscrit de 1808
Jean Dominique P 42°     ‘’
Louis, Vincent Etienne 4° régiment d’artillerie à pied
Louis Roux 4°      ‘’
Jean-Baptiste Fabre Train d’artillerie 7° bis
Jean, Joseph Rebière 8° régiment chasseur à cheval

c) 18 ou décédèrent sous les drapeaux ou furent réformés après blessures ou maladies. Si après 1808 il y eut comme entre 1802 et 1807 autant de blessés que de morts, il est vraisemblable que Grans perdit 9 de ses fils et recueillit 9 blessés graves.

Ces 9 morts représentent :

- 17% des 52 mobilisés,

- O,5% de la population d’un village qui comptait 1650 habitants en 1810.

Il est possible de comparer l’impact immédiat de ces pertes sur la vie du village en les comparant aux pourcentages équivalents collectés pour les deux derniers conflits mondiaux.

C’est ce que fait le tableau ci dessous :

Grans France France
Guerres Napoléon 1° guerre mondiale 2°guerre mondiale
Morts mobilisés 17% 17% 2,8% (effectif 1939)
16,4% (effectif 1945)
Morts population 0,5% 3% 1,2%

Au moins en ce qui concerne notre village, un fort excédant de garçons dû rendre négligable la baisse de natalité due à l’absence temporaire de jeunes gens en âge de procréer. ,

Le recensement du 25 Octobre 1810 indique, en effet, que Grans comptait alors

– 343 couple mariés (686 personnes),

– IOO veuves et 36 veufs,

– 371 filles pour 401 garçons présents et 49militaires sous les drapeau

Jacques de Champeaux



NOS ANCETRES LES GRANSOIS

ou    première excursion dans les registres de l’Etat-civil.

« L’an de grâce 1667 – Louis le quatorzième étant roi de France et de Navarre et comte de Provence … »  Monsieur Leydet était curé de Grans. L’histoire ne dit pas s’il prêchait bien ni s’il chantait bien – mais il est sûr qu’il écrivait mal !

Au premier coup d’œil, rien de moins vivant que ces petits cahiers étroits, couverts d’une écriture brunâtre, étroite et penchée, aux paragraphes originaux mais peu déchiffrables. Pourtant, si l’on ne s’arrête pas à cet abord rébarbatif, c’est la vie même que l’on découvre entre les lignes jaunies et les pages aux bords cornés.

*

Chargé de tenir les registres d’état-civil, le curé devait s’intéresser non seulement à ses ouailles mais aussi aux Juifs et aux Protestants. Au XVII ème siècle cela posait problème dans beaucoup de villages mais à Grans la population était dans l’ensemble catholique ou du moins réputée telle. Notons cependant une Marie de Notre-Dame, sans doute parente du célèbre Nostradamus, ce qui pourrait impliquer quelques attaches avec le judaïsme.

En ce qui concerne les Protestants, deux indices font penser que la situation était peut-être moins nette qu’il n’y parait au premier abord.

a) Le 1° Février 1681, le curé enregistre l’abjuration de Jeanne Granière, native de Mérindol, qui adhérait « par le passé » à « l’hérésie de Calvin ». Après avoir abjuré dans les formes et s’être confessée, Jeanne se fit délivrer une attestation en bonne et due forme…. Quatre ans plus tard, l’Edit de Nantes était révoqué.

b) Le curé note soigneusement ceux de ses paroissiens qui sont « décédés de la communauté des fidèles » munis des sacrements de l’Eglise. Ils sont 8 ( sur 19 ). Certains étaient enterrés à Saint-Michel, cimetière de ce lieu, d’autres dans l’Eglise même. Pour les enfants, aucune indication n’est notée.                                                                  *

En cette seconde moitié de XVII ème siècle, la communauté de Grans était vivace. Qu’on en juge par ces quelques chiffres :

Année   baptêmes        décès           mariages

1667-8  61              19              4

1681-2  92              32              15

A la fin du siècle, au contraire, la mort frappe. Le curé, inquiet de voir diminuer son troupeau, note en marge de son registre :

1695 : 64 baptêmes seulement et 103 morts.

1696 : 42 baptêmes                   et 93 morts

1697 : 42 baptêmes                   et 124 morts.

En 1667-8 ( le curé commence en effet son année à la fin du mois de Mai ) il y a 61 baptêmes, dont ceux de deux jumeaux : Joseph et Marie Gavaudan. Sont inscrits le nom de l’enfant , celui de ses Parents, des parrains et marraines. Notons que l’on donne alors qu’un seul prénom, mis à part quelques Jean-François, Jean-Antoine …..et que les enfants, contrairement à l’usage des temps passés, ont un seul parrain et une seule marraine.

Les parents choisissent souvent, pour tenir leur enfant sur les fonds baptismaux, un notable de la Paroisse. Ainsi reviennent souvent  « le Jacques Vallière » et « demoiselle Anne Valière » ; d’autres Vallière encore et des Pélissier, Dedon, Curet ….

L’enfant porte parfois le prénom de son parrain ou de sa marraine sans que l’usage en soit systématique. Ainsi s’expliquent de nombreux Barthélémy filleuls du sieur Bathélémy Pélissier ou des Sidoine, filleuls du sieur Sidoine Curet.

*

Les 25 filles nées cette année-là se partagent 11 prénoms. En tête, dans toute la France ancienne, Jeanne (6), puis Anne (5), Marguerite (3), Elisabeth (2). Viennent ensuite des noms traditionnels en France depuis le Moyen-âge : Catherine, Magdelaine, Françoise et Geneviève ainsi que les prénoms rares en France comme ailleurs : Angélique et Ursule.

*

Chez les garçons, on constate d’abord que les prénoms relevés ne répondent pas aux normes usuelles. En d’autres temps et d’autres lieux, la moitiè des 36 baptisée de l’année auraient portés le prénom de l’évangéliste Jean, alors qu’il n’y a que 3 Jean, 1 Jean-François et et Jean Antoine. Les prénoms royaux ( Louis, Charles…) sont donnés 8 fois alors qu’au Moyen-âge, marqués d’un caractère sacré, ils étaient réservés aux princes et aux filleuls du roi qui étaient appelés toute leur vie : Louiset ou Charlot. Les autres prénoms trouvés sont : 3 Joseph, 3 Mathieu, 1 Jacques et 1 Pierre ( noms évangéliques), 3 Antoine, prénom répandu par les ordres mendiants et 2 François, prénom introduit en Provence par les Franciscains ; 1 Balthazar, 1 Gaspar comme les rois mages, 1 honoré, 1 Paul, 1 Michel, 1 Barthélémy, 1 Sidoine, 1 Firmin, 1 Claude, 1 Gabriel.

*

8 hommes et 11 femmes sont morts dans l’année.

Les 5 enfants comprennent 2 enfants nés dans l’année ( mais tous les enfants mort en bas âge sont-ils enregistrés ?), une petite fille de 7 ans, 2 garçons de 10 ans.

Les morts de jeunes femmes ( 25, 26 et 30 ans), sans doute en couches, sont relativement nombreuses et 3 ( 27%) seulement avaient plus de 45 ans ( 53, 60, 80 ans).

4 hommes ( 50%) avaient plus de  45 ans.

*

Quatre mariages sont enregistrés en 1668, mais les lacunes ne sont pas à exclure. Suivant le droit canonique, le curé ne mentionne ni l’âge des mariés ni le consentement des parents, mais s’inquiète d’éventuels liens de parenté. Il faut dire qu’il marie un Julien Fumet à une Jeanne Fumet et un sieur Vallière à une demoiselle Isnard dont la mère était née Françoise vallière. Consciencieux, le curé note  « qu’ils sont du même lieu bien que n’étant pas parents ». Remarquons qu’au moment de signer, les mariés et plus encore les mariés et leurs parents déclaraient « ne pas savoir écrire ».

*

Un mot pour finir. Les prénoms retrouvés se retrouvent encore très souvent à Grans si l’on se rappelle que selon l’usage provençal les noms de filles sont féminisés. Cette brève excursion a fait rencontré par exemple des Brouchier, Décombis, Authemen, Audibert, Calaman, Reynaud, Gavaudan, Cornille, Arnaud, Bernard, Teyssier …

Que deviennent Geneviève Féraude et Jean-françois Garen , François Pellissier et Anne Vallière, nés et baptisée à Grans en 1667-1668 ? Les registre suivants nous l’apprendrons bientôt.

François Autran.



Le FOIN  de CRAU

Des premiers jours de Mai jusqu’au début de l’Automne, notre village est englouti sous l’odeur du foin que l’on y récolte. Dans toutes les pprairies d’alentour, c’est l’époque de la fenaison où l’on fauche, retourne et met en botte avec ardeur la production la plus originale de la région. Toutes ces prairies entre Grans, Salon et Arles produisent un fourrage qui n’a pas d’équivalent. Grâce à sa réputation bien assisie depuis des générations, on vient de toute part chercher chez ce crû le foin de Crau. Il s’exporte jusqu’ en Arabie Saoudite, mais surtout les italiens, les hollandais, las allemands, sans oublier les éleveurs de Savoie ou du Massif Central s’approvisionnent chez nous.

La grande qualité de nos prairies s’explique par un apparent paradoxe.Ce sont des prairies artificielles puisqu’elles sont établies sur un sol différent, le Coussoul, et sont entretenues par l’homme. Cependant leur flore est celle d’une excellente prairie naturelle.

Pour implanter ces prairies dans la Crau, véritable désert, il a fallu pouvoir irriguer. A partir de 1558 Adam de Craponne élabore le début d’un réseau de canaux qui, par gravité, amène l’eau de la Durance jusqu’à la plus petite parcelle. Cela sans effort, grâce à la différence de niveau qui fait circuler l’eau du point le plus haut jusqu’au point le plus bas. Dans la parcelle, c’est encore par gravité que l’on réussit, en bloquant le ruisseau de bordure par une martelière judicieusement placée, à faire déborder l’eau dans la prairie. Une dotation d’eau, un tour d’arrosage, permet à chacun de pouvoir arroser son dû sans nuire au voisin.

Sur le Mas, c’est un véritable spécialiste, connaissant chaque parcelle qu’il arrose ni trop ni pas assez : l’Arrosaire. Et de ses efforts découlera la quantité de foin que l’on récoltera.

La Crau, d’origine est une lande : le Coussoul. L’abondance de galets de quarsite en rend le travail de sol pénible et en diminue les rendements. On contourne le problème avec une prairie. Les limons que l’on apportent complètent avantageusement les qualités agronomique du sol d’origine. Et surtout, les galets étant sous le tapis de racines, ils ne gênent plus la culture. Voilà les cailloux enterrés à jamais sous la nite et les racines.

Le miracle de cette culture très artificielle bien que reposant sur des techniques séculaires, c’est que l’on aboutit au développement d’une flore importante, multiple et STABLE. Ce qui n’est pas le cas d’une prairie artificielle classique dont la composition floristique dégénère rapidement.

Une prairie de Crau est ce qu’on appelle en écologie un Climax, c’est-à-dire un milieu vivant et stable, où les contraintes du milieu qui s’y exercent produisent le maximum de matière vivante possible sans dégradation du milieu. Le meilleur exemple en est la forêt tropicale qui, sur un sol pauvre, développe une masse vivante énorme. La prairie de Crau s’améliore avec le temps. Un proverbe dit : «  Une prairie qui a cent ans est un enfant «

Les nombreuses espèces végétales colonisent des niches écologiques variées, exploitant au mieux la lumière, l’eau et les éléments minéraux. Cet équilibre se retrouve dans le foin de Crau, constituant une ration complète et appétante. Les prés de Crau, avec les haies et les ruisseaux connexes, constituent une oasis au milieu des coussouls. Sur le Mas, l’environnement en est modifié, à l’abri du mistral glacé d’hiver. En été l’évapotranspiration de cette masse verte apporte de la fraîcheur, humidifiant l’atmosphère. Un autre monde est né.

La faune subdésertique de la Crau : canepétières, gambas et perdrix, laisse la place à une vie plus intense : pies, geais, merles, grives et une multitude de lapins et ….les moutons.

Les grands troupeaux des bergers nomades trouvent sur les prairies tout ce qui manque au caussoul. Ainsi se développe sur le Mas une symbiose entre le troupeau de mérinos d’Arles et les prairies. Un Mas produit du foin mais à l’Automne, l’herbe qui repousse jusqu’aux gelées, ne peut être récoltée en foin. Il fait trop peu soleil et trop humide. Les brebis mangent donc sur pied cette herbe jusqu’au début de la repousse de Printemps que la tradition et l’expérience fixe le 14 Avril. An delà, la pâture déprimerait la récolte de foin à venir. Au Printemps, le troupeau, s’aidant de quelques luzernes, pâture les coussouls qui verdissent grâce aux pluies. En juin, la sécheresse et la chaleur poussent les bergers à la transhumance sur les alpages où le climat frais et l’herbe abondante permettent d’y faire prospérer les brebis pleines. Au retour, les agneaux naîtront dans la bergerie du Mas et se sèvreront sur la prairie de Crau. Le fumier de la bergerie est répandu sur les prairies, ce qui boucle le cycle de production.

Il y a symbiose parfaite entre les deux productions du terroir : le foin et l’agneau. Les prairies profitent aux agneaux et les agneaux complètent les prairies, laissant le foin comme produit de vente à l’extérieur. De ce foin on fait trois coupes de Mai à Septembre. C’est un produit de valeur, qu’il faut exporter très loin et qu’il faut éviter de gâter. L’ennemi, pendant la récolte, c’est la pluie qui lessive les éléments nutritifs. De plus cela nécessite un surcroît de travail pour une quantité moindre et de moindre valeur.

Produire du foin de qualité impose certains commandements.  Une herbe trop mûre ne pourrait convenir.

«  Au soleil tu la sècheras mais de la brûler tu éviteras.

«  Tu n’emballeras pas une marchandise trop humide

«  Mais garde-toi de botteler trop sec et poussièreux

«  Dans ton hangar tu la protègeras de l’humidité du sol par un rang de paille.

Tous ces efforts tendent à fournir des bottes régulières, lourdes d’un foin qui a conservé ses feuilles et des brins assez longs, souples et sucrés, de couleur vert-jaune à vert selon la coupe.

Pour réussir, le producteur doit utiliser chaque jour au mieux le climat et ajuster ses pratiques avec ses différents matériels de fenaison pour faire un produit de qualité suivie.

Selon l’ensoleillement, le vent et la quantité d’herbe asséchée, il faut de 30 heures à 5 jour avant de pouvoir rentrer le foin à l’abri au hangar. Le travail est donc continu 7 jours sur 7. Chaque fois que le producteur fauche, il parie sur le beau temps pour les prochains jours. Et pour apprécier le climat, le producteur se fie à son intuition, son expérience et aussi… à la météo nationale, à la fiabilité en progrès. En outre, l’emploi d’une faucheuse conditionneuse permet de gagner un four de sèchage, ce qui diminue d’autant la superficie de foin exposée aux risques de météo. Le conditionnement de l’herbe consiste, avec un fléau solidaire de la barre de coupe, à égratigner la couche cireuse des tiges, difficile à sécher. De plus, des déflecteurs permettent de constituer un andain aéré.

Il existe plusieurs types d’outils de fenaison. Chacun permet un ou plusieurs modes d’utilisation dont l’opportunité d’emploi dépend du produit de départ et du but poursuivi.Par exemple, avec un rateau à disques on peut faire un andain sans trop casser d’herbe ; en le dédoublant on fait deux petits andains, ce qui décolle l’herbe du sol pour le sécher et met le foin de dessus à l’abri soit des brûlures  du soleil, ou en diminuant la surface, met une partie à l’bris de l’humidité pour la nuit. Les faneuses à axes verticaux battent le foin et le dispersent. Lentement elles aèrent un peu la masse de foin. De mêm l’utilisation de l’endaineur, plus ou moins tôt avant le, bottelage, permet d’amener le séchage à son optimum. Du bon emploi de ces façons dépendent de la technicité du producteur et de la qualité du foin. Cette qualité, le producteur s’applique à l’obtenir parceque notre foin de Crau n’est pas destiné à être consommé sur place mais ailleurs. Et c’est sa réputation ainsi fondée qui déplace les acheteurs.

L’opération la plus longue et la plus pénible est le bottelage immédiatement suivit du ramassage et de la mise au hangar. Généralement pour éviter l’humidité de la nuit et pour des raisons de disponibilité en main d’œuvre, on ramasse le foin l’après-midi.

Une botteleuse, c’est un canal dans lequel un piston comprime le foin que des ameneurs latéraux lui apportent. La presse avale l’andain et laisse derrière elle les bottes qu’il faut au plus vite mettre à l’abri. Avec un « ballmatic » et une charrette quatre roues tirée par un tracteur, deux hommes sont nécessaires au dessus pour placer les bottes au fur et à mesure. Ce système tend à disparaître ; une autochargeuse, tirée par un tracteur spécialement conçu remplace ce travail, mais il reste à décharger…..

Devant le hangar, les ballots sont déchargés dans un convoyeur pour être montés sur la meule où s’activent deux ou trois hommes. ( plus on est de fous, plus on rit….). Les bras prolongés par des crocs, ils saisissent avec une virtuosité que donne une longue pratique, une botte toutes les  20 secondes pour aller la mettre à sa place dan la meule. Chaque meule constitue un lot de foin de qualité homogène. Comme le bon vin, le foin va vieillir dans le hangar. Il y complète son séchage en perdant encore de l’eau et en fermentant un peu.

Quelque fois, s’il a été rentré un peu trop juste, il peut  » chataigner », c’est à dire fermenter un peu plus, ce qui lui donne une odeur différente et de couleur plus marron.

Pour certains, il est plus appétent et nourrissant. Mais cela représente plutôt un aspect dévalorisant auprès du commerce.

Sa récolte à l’abri, le producteur va attendre le meilleur moment pour vendre.

Le cours du foin s’établit selon l’offre et la demande par un marché de grè à grè , basé sur la confiance réciproque. Ce sont des marchands à la fois négociants et transporteurs qui achètent  le foin.  Devant la meule de foin, le marchand et le producteur se mettent d’accord sur un prix avec pour seule garantie, quant à la qualité ou au maintien du prix, leurs paroles réciproques.

Pour le producteur, outre le Mercredi matin à Salon sur le marché, le nombre de camions et leurs immatriculations constituent un baromètre.

C’est principalement les débouchés du foin qui font le prix. Parce que du fait de la particularité de la flore, l’intensification de la culture, avec plus d’engrais n’est pas possible. Sinon, ce ne serait plus du foin de Crau. Inversement, les rendements sont assez constants, sauf pluies diluviennes, pendant plusieurs jours.

Les disponibilités en eau, par ailleurs, limitent la mise en culture de nouvelles surfaces. L’offre est limitée par les contraintes agronomiques de la qualité. La demande dépend de la sécheresse dans une région, des ventes de lait ou de veaux ou même des paris sur les courses de chevaux.

Pour résister au défi, des producteurs au sein du Comité du foin de Crau, s’attachent à promouvoir le foin de Crau. D’autant qu’il est quasi inconnu de certaines régions d’élevages françaises, alors qu’il part jusqu’en Arabie Saoudite.

D’autre part, il s’enagent des actions pour réduire les coûts fixes de strutctures très élevées.

Pour la récolte, la tendance est à une mécanisation accrue, ce qui implique une plus grande surface et donc une concentration des exploitations. La mentalité locale s’accommodant mal de systèmes associatifs.

Dans un proche avenir, des presses faisant de très gros ballots vont apparaître dans nos champs. Ce qui supprimera une manutention pénible et augmentera la charge des camions, pour diminuer la part de frais de transport. De plus la qualité du foin, moins pliée est meilleure.

L’originalité de nos prairies et la valeur du foin de Crau, reposent sur l’extraordinaire adaptation de cette culture au sol et à l’équilibre de son exploitation.

Parions que les producteurs assumeront le progrès indispensable, tout en améliorant la qualité et la renommée de notre Terroir.                                         Jacques  Teissier



EN CE TEMPS LA, L’OLIVAISON….

Novembre ! Déjà nous devons oliver.

Durant ce temps de l’olivaison, quand le Mistral était violent et le froid très agressif, le maître faisait un grand feu pour faire rougir quelques galets de Crau qui, placés au fond de nos paniers, servaient de chaufferettes à nos doigts tout gelés ; et pourtant, août n’est pas très éloigné et nous avons toujours en mémoire cette canicule écrasante alors que nous ramassions les amandes. Petits et grands y participaient et nous nous souvenons de ces « petitants », sanglés, emmaillotés ceinturés de bandelettes afin qu’ils ne puissent pas bouger, que les mères emmenaient avec elles, et qui, pour les préserver des ardeurs de Phébus, alors qu’elles vaquaient à leurs travaux champêtres, délicatement, les plaçaient sous un amandier faisant en sorte que ces petits corps soient à l’abri des rayons du soleil.

C’était il n’y pas bien longtemps, mais combien à cette époque la vie était rude. Il convient pourtant de replacer ces deux faits dans l’éclairage qui leur est propre, c’est-àdire d’examiner la situation de Grans et de sa campagne par rapport à son environnement. Nous constatons en remontant le passé, que cette commune a connu un essor économique certain et dont les témoins les plus authentiques sont la multiplicité des moulins à huile, à blé, la filature, la scierie, les anciennes demeures, etc… Cette activité économique gravitait autour de l’agriculture, qu’elle fût oléicole, céréalière, fruitière, fourragère, maraîchère, viticole.

Aussi loin que nous puissions aller, la culture de l’olivier, « la première entre toutes », s’imbrique à celle de la Provence, créant cette espèce de symbiose que nous décelons entre l’habitant, la nature et l’arbre.

Cet arbre miraculeux, symbole de paix et de longévité, dont tous les peuples méditerranéens n’ont cessé de réclamer la paternité, se confond avec la nuit des temps, puisque 6 OOO ans avant J.C., on a trouvé la trace d’oliviers sauvages, « oléastres », produisant fruits et huile. Au 3ème millénaire, sa culture était généralisée dans les vallées du Nil et du Tigre, englobant la Palestine, l’Egypte et l’Asie Mineure. Au gré des voyages des Carthaginois et des Phéniciens, cette culture s’étend à la Crête, la Grèce, la Sicile, l’Italie et la Péninsule Ibérique.

Ce sont vraisemblablement les Grecs qui réussirent à partir de l’oléastre, à obtenir par greffes et boutures,

… /…

l’arbre que nous connaissons et ce sont eux encore, par Massaliotes interposés qui l’introduisirent en Provence, mais ce sont surtout les Romains qui, à travers leurs conquêtes développèrent sa culture qui représentait déjà pour eux un vecteur économique. L’huile « pressurée » était un élément essentiel de la vie antique : la cuisine, l’éclairage,pour les temples, les palestres et plus tard les églises.., autant d’usages et d’endroits où elle était indispensable. Dans les demeures gransoises et provençales, l’huile servait non seulement à la cuisine et à des usages thérapeutiques, mais était également utilisée pour alimenter « le calen », cette lampe à huile dont l’usage s’est prolongé jusqu’à la fin du 19e siècle où elle a été peu à peu remplacée par la lampe à pétrole, puis par la « fée électricité ».

Si l’épi de blé figure sur le blason de Grans, le fruit de l’olivier n’en a pas moins ses lettres de noblesse, témoin cette base de pressoir à huile oubliée au quartier de Baumajour. Dès le 18e siècle, on se rend compte de l’importance économique de cet arbre qui est la culture essentielle de la Provence et bien entendu de Grans puisque sa campagne était complantée d’oliviers, reconnaissables parmi tant de variétés (plus de 80), à leur petite taille. Cette activité agricole entraînait automatiquement d’une part, une industrie de transformation, ce sont les moulins, d’autre part, de commercialisation, ce sont les ferblantiers pour les estagnons, les fabricants d’estives et de caisses.

On a pu dénombrer une douzaine de moulins sur le territoire de la commune (intra et extra-muros), dont le premier en date (1260) est encore celui appelé « le moulin » ; ily a ceux de la rue des Moulins, celui de la Baraque, ceux des Callamand, de Canebières, ceux du Jas des Vaches et de « Regarde Venir » et d’autres encore puisqu’il semble que de nombreuses « campagnes » pressuraient à partir de la « mola olearia », l’ancêtre de nos moulins dont la meule était actionnée à bras, ou par un animal, on les appelait communément « moulins à sang », par rapport à ceux qui utilisaient déjà la force hydraulique d’où la situation de la plupart des moulins de Grans à proximité de cette force motrice qu’est la Touloubre. L’électrification fera petit à petit disparaître la roue à aubes et totalement les moulins à sang.

La culture de l’olivier connaîtra des fortunes diverses.

Très importante au 18e siècèle, elle le fût encore pendant la première moitié du 19e, bien qu’elle ait été affectée sérieusement en 1820 et en 1829 par des hivers rigoureux. Le gel de 1956 lui causa des dégâts considérables dont elle ne se releva pas. Ajoutons à ces maux, les conditions économiques :le foin d’abord, le fruitier ensuite empiétant de plus en plus sur le domaine de l’olivier, nous aurons l’explication de la disparition progressive de l’olivier qui était pour les Anciens « source de vie et d’espérance », puique l’on dit et c’est prouvé que plusieurs générations vivaient grâce à cet arbre immortel.

Planté à partir d’un morceau de bois prélevé d’une souche que l’on fait éclater à coups de hache, le bout de bois enfoncé en terre se développera pour donner un arbre qui

- pendant les 10ères années sera improductif

-     entre 10 et 35 ans connaîtra une certaine croissance et

une production moyenne,

- de 35 à 150 ans  (soit plus de 4 générations )

c’est sa période de maturité et de pleine production

- – au-delà de 150 ans, l’arbre vieillissant n’a plus qu’une production inconstante, mais par contre pourra donner vie par ses rejets, à d’autres oliviers.

AT – RL – HD

Quelques chiffres sur la production :

Au début du siècle, le moulin Bonfilhon traitait environ 200 tonnes d’olives, soit une production d’huile de 40 000 litres. Les autres moulins traitant sensiblement les mêmes quantités, on arrive au seuil d’ 1 500 000  kg d’olives pour une fourniture de 300 000 litres d’huile qui était commercialisée en grande partie par les commerçants de Salon, réputée pour son négoce. Quant aux déchets, ils étaient vendus aux savonneries de Salon.

Actuellement, le moulin.Bonfilhon, le seul en activité, ne traite qu’environ

100 à 120 tonnes d’olives.



ES   PICHOT PER   SOUN AGE

Un ladre pourgissié, de retenoun, à la courtisano greco Gnastaïna, un paure chicoulet de vin, dins une coupa que se vesié plus dins lei det, en ié disent :

- » A sege an, aquéu vin I »

Alor respoundegué la bello :

- « Bé ! es foueço pichet pèr soun age ! »

LOU CASCARELET

« Un avare versait avec parcimonie, à la courtisane grecque Gnastaïna, un malheureux petit coup de vin dans une coupe si petite qu’elle disparaissait entre les doigts, en lui confiant :

- Il a seize ans ce vin !

Alors la belle rétorqua :

- Eh bien ! il est rudement petit pour son âge !

Traduction : Jean Claude Dauphin



ET SI LE MISTRAL N EXISTAIT PAS ?

Le climat méditérranéen est 1e seul au monde qui ait un été sec. Cette association des fortes tempéretures et des sècheresse prolongées fait son originalité.Elle détermine tout un en-semble de conséquenses capitales qui oommandent le régime des eaux,le rythme de l’érosion et par là, le modelé du relief, les facteurs de la pédologie, les types de végétation, les systèmes de culture, les techniques agricoles.

LE RYTHME DE LA PLUVIOSITE.

La répartition des pluies est commandée par le grand balancement annuel des noyaux de hautes pressions.

( I ) . Dés la fin juin, la montée des températures coincide avec l’arrivée des hautes pressions d’origine tropicale, qui se déplacent vers le nord en liaison avec le mouvement apparent du soleil.

Cet air dense et sec fait office de verrou a l’égard des dépressions originaires de l’océan atlantique ,qui sont alors déviées vers le nord.

( 2 ) .En été la méditerranée toute entière ne connaît pendant plusieurs mois que des pluies occasionnelles et irrégulières( pl. 1 )

(Diagramme ombrothermique)

Etalement des courbes sur une année et demie.

Mise en évidence de deux saisons séches. l’été et l’hiver.

partie hachurée : sécheresse estivale plus ou moins accentuée.

( Diagramme à dessiner….)

( 3 ). En automne, ces hautes pressions glissent lentement vers le sud. C’est à cette époque, entre le 15 Septembre et le 15 Novembre, que la plupart des stations connaissent leur maximum pluviométrique. Sans atteindre les records des trombes d’eau cévénoles (Montpelier, 3I8mm. le 28 Septembre 1938, on note 288 mm à Orange le 23 septembreI938,  213 mm à Marseille le I octobre 1892, 2I3mm à Cannes le 28 Septembre I932, 147mm à Nice le 5 Novembre 1957,c’est a dire dans chacune,en un jour,entre 20 et 40 mm du total annuel moyen.

Cependant le grand balancement des masses d’air se poursuit.

( 4 ). En hiver les hautes pressions tropicales désormais situées au sud n’ont plus d’influence. Alors,tandis que les contrées sud méditerranéenes subissent un hiver pluvieux, les régions qui bordent le nord de la méditerranée connaissent une petite saison sèche. Sa durée comme sa place dans le calendrier, est également plus variable.

Mais elle suffit a procurer du 15 Décembre au 15 Janvier de belles journées auxquelles succèdent des nuits étincelantes, mais souvent glacées ( pl. I )

Au printemps s’amorce un balancement en sens inverse.

Ainsi le sud-est connaît un rythme climatique à 4 temps.

-deux saisons sèches

-  ÉTÉ (très longue et très accentuée)
-  HIVER  (plus brève et moins marquées )

-deux saisons de pluies :

- AUTOMNE (abondantes et brutales)
- PRINTEMPS (moins sensible et moins régulière)

On sait,tous les manuels le disent, qu’il tombe en Provence presque la même quantité d’eau qu’à Brest ,mais que les jours de pluie sont trois fois moins nombreux.

Il existe en France trois zones dans lesquelles l’insolation dépasse 3000 heures par an :

la cote aux environs de Narbonne, la Camargue, et une frange littorale entre Toulon et Saint-Raphael. A ces rivages particulièrement ensoleillés il faut  vraissemblablement ajouter deux ou trois régions intérieures, dans lesquelles l’influence continentale avec ses ciels d’hiver dégagés joue une part importante,  la depression permienne entre Cuers et le Luc, la région Aixoise entre Salon et Aix ,enfin une une ‘ portion de territoire plus étendue et plus éloignée de la mer, qui s’étenadait d’Apt à Digne en passant par Forqualquier.

GRANS ,géographiquement se trouve entre la Camargue, 3000 heures de soleil par an et la région Aixoise qui,  si elle ne totalise pas les 3000 heures, n’en est pas loin.

Nous pouvons donc évaluer sans risque l’ensoleillement annuel GRANSOIS aux environs des 3000 heures.

LES VENTS. d’après Hernest Benévent professeur à l’université Aix – Marseille

Je m’élèverai d’abor contre la tendance commune à ne oonsidérer comme jour de mistral que feux où ce courant de Nord-Ouest atteint une certaine vitesse, 8 à IO mètres par seconde.

C’est là une conception tout a fait arbitraire et qui ne donne qu’une idée fausse de la fréquence de ce vent. Lorsque le vent de N.O. est léger, qu’il ne souffle qu’à la vitesse de 3, 4 ou 5 mètres  par seconde, il n’en est pas moins le Mistral: son origine est la mème, seuls ses effets sont .atténués. Si l’on s’en réfère donc a la direction du vent sans fixer arbitrairement une limite minima de vitesse, l’observation montre que le miistral souffle plus de un jour sur deux dans la vallée du Rhône, à Aix et à Marseille.

Pour ce qui est de la vitesse moyenne du vent, les mesures précises sont trop rares pour qu’on puisse essayer de le chiffrer.

Mais l’expérience quotidienne montre que le Mistral atteint sa grande violence dans le bas Rhône, en aval de Donzére ,et que là sa force décroit dans la direction de l’Est. Ce fait semble en corrélation, au moins en partie avec les conditions topographiques: Le courant d’avantage canalisé dans le couloir du Rhône, entre le Massif Central et les Alpes, peut s’étaler au contraire sur la basse Provence, où la succession des chaînes, ici plus ou moins normales à sa direction, contribue encore a freiner sa vitesse.

Le Mistral n’est pas dù nécessairement a l’installation de fortes pressions sur la France centrale, la oondition nécessaire de la formation du Mistral est:

- 1 .Le passage d’un profond cyclone sur la méditerranée peut déchaîner sur la Provence un vent violent de N.O. alors que sur le Massif Central la pression reste basse,inférieure même a la moyenne. Dans ce cas,le Mistral Succède à la pluie et trouve à son arrivée le ciel couvert, mais il dure peu, car les cyclones profonds passent vite.

- 2 .En second lieu, de fortes pressions persistantes sur le Massif central ne provoquent pas nécessairement un régime de Mistral  permanent. Je puis citer une infinité de cas ou la Provence ne reçoit alors du Nord qu’une faible brise, le calme est parfois même presque absolu, où le vent de direction variable. Le caractère de ne type ce temps est justement  d’être très irrégulier; on  assiste à de brusques coups de Mistral souvent d’assez  courte durée, suivis de période plus ou moins longues d’apaisement. Une autre cause intervient donc pour renforcer localement de temps à autre la valeur du gradient.

Je crois le trouver dans le  passage de petits minima barométriques qui se formes spontanément sur le Lion et s’éloignent ensuite vers Gènes.

(Fréquence des vents à Marseille)

E MISTRAL.

Ce nom de maître il le mérite a bien des titres.

par sa force prodigieuse qui abat les arbres ,arrache les toitures, renverse les voitures. En Crau on a dù abriter d’un rideau de cyprès la route et la voie ferrée.  On dit que sa durée est d’un, trois, six, neuf jours. En réalite, bien qu’étant généralement de courte durée ,1e Mistral, est si capricieux qu’il lui arrive de rompre ce bail et de s’établir pour de longues périodes dont on ne peut prévoir 1e terme. Il peut souffler des semaines, voire des mois sans trêve ni cesse.

Ses assauts violents et souvent imprévisibles sont redoutables.

Il est bien le Maître vent…

Son empreinte sur le pays doit il a érodé la roche, modèle le paysage, conditionnant l’orientation des maisons, influant sur la nature des cultures est tout a fait remarquable.

Le climat de la Provence dépend en grande partie de LUI qui chasse les nuées et qui, dans les plus beaux jours, peut provoquer un froid giacial. ,

Mais ce fléau de la Provence en est aussi le bienfaiteur. C’est à lui qu’elle doit souvent son ciel serein ou resplendit le soleil.  C’est lui qui assèche les marais pestilentiels ,d’ou son surnom , de « Mango-fango » le mangeur de boue, qui chasse les miasmes de l’humidité.

(La rose des vents du Capitaine Négrel)

«  Avinio ventosa, sine vento venenosa, aun vento fastidiosa «

(Avignon la venteuse, sans vent vénéneuse, avec vent fastidieuse ) Disait-on jadis.

On pourrait le dire encore pour toute la Provence.

Le Mistral n’est pas le seul vent à souffler en Provence. Il en vient de tous les horizons et à tout moment de l’année.

La rose de tous les vents qui soufflent en Provence que le Capitaine Negrel avait dessiné,  en dénombre trente-deux.

A ses trente-deux vents on pourrait en ajouter bien d’autres s’il restait un peu de place sur la rose des vents !

Le climat Méditerranéen est de toute évidence UNIQUE au monde!

D’ailleurs pour qui s’est trouvé dans la Crau par grand Mistral ou en plein mois d’Août sans chapeau sous le soleil brûlant et en Automne ,coincé dehors sous un de ces orages dont seul le ciel Provençal a 1e secret ne me oontredira certainement pas.

Bertinotti Norbert



TRANHUMANCE:

Mesdames les brebis granouilliennes font trois parts de leur temps.

Du début d’Octobre au 15 Février (foire de la Saint-Valentin à Saint Martin de Crau) elles mangent les herbes d’hiver des prairies irriguées qui ont déjà fourni 3 coupes depuis Mai. Elles vivent ensuite jusqu’en début Juin en plaine. Elles broutent alors les coussouls (prairies sèches). L’été les voit arpenter les alpages.

Ce rythme ternaire dure depuis très longtemps. Ses modalités n’ont cessé d’évoluer car elles dépendent des conditions politiques, économiques et techniques. La présentation de cette activité exigerait des développements incompatibles avec le volume d’un article. C’est pourquoi l’on ne traitera ici que de la  transhumance comprises comme étant :

- la partie de vie des troupeaux gransois

- qui s’écoulait hors de Grans

- aux environs de 1930, époque qu’ont bien connus les actuels anciens du village.

Ecrit à partir des souvenirs de certains d’entre eux, il ne peut prétendre tout dire ; il espère provoquer des échanges de vue qui permettront de fixer cette paillette de l’histoire locale, échangs dont Aqui rendra évidemment compte. Joindre Mr Brun au 90.55.94.28 ou Mr de Champeaux au 90.55.97.21)

A cette époque, Messieurs Chabot, Charbonnier, Giraud et Etienne sont les seuls gransois qui ont une « marque » car l’école du Merle démarre à peine. C’est dire aussi qu’ils sont les seuls à posséder plus de 100 ovins et à organiser les transhumances de troupeaux. Dans ce rôle, au XIX ème siècle, ils auraient été appelés « mégers » mais ce terme semble être tombé en désuétude au cours du premier conflit mondial ; on ne les appelle déjà plus qu’ « organisateurs ». Pendant l’hiver ces organisateurs préparent la prochaine saison pour ce qui concerne les terrains, les hommes, les bêtes et les impedimenta.

Les zones d’estivage sont, depuis toujours, partagées en « montagnes ». Il s’agit d’un terrain capable de fournir à un troupeau abri  boisson et nourriture sans inutiles parcours et sans difficiles problèmes de gardiennage. La taille du troupeau, adaptée à chaque «  montagne » est connue des mairies locales qui ne diffusent cette information que dans quelques mairies de plaine.

En 1986 on commence seulement à voir apparaître des répertoires généraux où les capacités d’accueil sont clairement indiquées. Cette capacité devait pourtant être respectée pour éviter le surpaturage ; les garde champêtres refoulaient les bêtes excédentaires. Les initiés pouvaient donc seuls participer, en Décembre ou Janvier aux enchères au cours desquelles les montagnes étaient louées pour un an ou deux étés. Poincaré et Wall Street ayant définitivement perturbé le franc, il est impossible de reconstituer les prix moyens pratiqués. Il est toutefois possible d’indiquer qu’ en 1986

- les organisateurs  s’efforcent de louer à un prix d’environs 10 francs par bête et par saison.

- Les communes s’efforcent d’obtenir  de 15 à 20 francs par bête

- Si le propriétaire paie plus de 16 francs par bête, il perd de l’argent.

Dés qu’un organisateur a obtenu la jouissance d’une montagne, il contacte ses voisins pour disposer d’un troupeau adapté aux pâturages qu’il vient de louer. Il négocie alors le nombre d’ovins ou caprins à emmener en estivage ainsi que le nombre de bergers et animaux de servitude qui suivront. Les bases de cette négociation n’ont pu être retrouvées.

Elles paraissent s’être articulées autour des trois points suivants :

- un taux de perte maximal de 1 % est admis ; qui, si ce taux est dépassé alors qu’aucun organisateur n’est assuré et que personne n’envisage de recourir aux bons offices d’un tribunal ?

- les bêtes doivent normalement grossir ; qui appréciera de combien sera diminué la somme due par les propriétaires des animaux ?

- le propriétaire ne paie l’organisateur qu’après que ses bêtes lui aient été rendues ; combien ? ( cette pension n’a pu être retrouvée mais pour fixer les idées, on peut indiquer qu’en 1986 elle varie entre 40 et 50 francs par bête aller et retour).

Accompagnés de leurs chefs bergers – les bayles – les organisateurs se rendent le samedi des Rameaux en Arles où se sont rassemblés les bergers qui désirent se louer pour un an ou six mois. Les contrats, toujours verbaux, se négocient rapidement. On pourrait écrire qu’ils étaient toujours  parfaitement respectés si, au moment de la tonte, quelques bergers n’abandonnaient leur maître pour se joindre à une « chourne », une chourne étant une équipe itinérante de 5 gavots ou de 5 Italiens qui se faisaient grassement payer pour aider à tondre les troupeaux. Cette tonte s’effectuait fin Mai début Juin avant le rassemblement des troupeaux. La laine était aussitôt vendue car son produit équivalait à peu près au prix de l’herbe d’hiver qu’il permettait donc de payer.

Les animaux de servitude comprennent

- un chien par berger plus un ou deux chiens de secours.

- Un « flocat » par berger, ces moutons avaient l’habitude de suivre leur maître et même parfois de leur obéir à la voix. Ils permettaient donc d’entraîner le troupeau dans la direction désirée. Parfois achetés en Italie mais dressés en hiver à Grans, ils se reconnaissaient aisément à leur taille plus importante, à une tonte qui laissait subsister 3 pompons et à des sonnailles spéciales.

- Des ânes, en nombre à peu près double de celui des bergers.

Les bagages sont rares et légers car ils doivent voyager dans le seul véhicule à roue : un charreton (jardinière à petites roues).C’est une carriole normalement tirée par un âne, parfois remplacé par une jument. Elle est essentiellement destinée  au transport des jeunes agneaux et des bêtes blessées. On y loge aussi ce qui tiendra lieu de pharmacie et de batterie de cuisine.

La date de départ est choisis aussi précoce que possible pour économiser les prairies de plaine mais assez tardive pour qu’à l’arrivée il y ait déjà de l’herbe broutable. Le même souci d’économie se retrouve dans le choix de la date du retour : départ assez tardif mais assez précoce pour qu’il n’y ait pas d’agnelage avant l’arrivée à Grans. Ces considérations conduisaient en fait à des départs aux environs du 5 Juin et à des retours aux environs du 15 Octobre.

La veille du départ le troupeau est assemblé. Cela suppose

- la sélection des bêtes emmenées qui sont surtout des brebis reproductrice et des anouges ( jeunes brebis destinées à la reproduction ) puisqu’ en 1933 auraient circulé 80% de brebis, 15% de moutons et 5% de béliers.

- Un décompte rigoureux du nombre des bêtes par chaque propriétaire

- Un peignage à la peinture des bêtes pour distinguer celles amenées par les différents propriétaires.

- La mise en place des sonnailles au cou d’une brebis sur dix environ. ( les bêtes sélectionnées ne regimbaient pas trop.

Le rôle de ces sonnailles était très important car elles permettaient aux bergers de localiser les bêtes et elles faisaient fuir les vipères abondantes dans les alpages. Il convient de s’y arrêter quelques instants.

Souvent vendues par la famille Simon de Carpentras, elles étaient généralement fabriquées à Castanet-le-bas près de Béziers par la famille Aubagnac en tôle  brasée avec des lingots de cuivre ou avec un écu d’argent supposé donner un son argentin. Des formes très étudiées permettaient d’obtenir des sons caractéristiques permettant d’identifier les animaux porteurs :

- sonnailles et redons sont portés par les ovins

- le redon est confié au « ménaire », un bouc châtré de quatre ans chargé de conduire le troupeau.

- Les platelles sont réservées aux ânes.

Pour obtenir les harmoniques caractéristiques des troupeaux transhumants, les battants sont toujours réalisés dans des os adaptés à la taille de la jupe. Ce sont généralement des tibias de bœufs, des fémurs de moutons ou des canons d’ânes. Les bergers fabriquaient  généralement eux-mêmes, au couteau, les coulas (colliers) dans des planches de cytise de micocoulier, d’ormeau ou d’acacia, souvent tirés à la hache et non à la scie, des rondins de départ. Elles étaient mises en forme après qu’une ébullition prolongée les ait assouplies.

Les motifs décoratifs se retrouvent dans tout le bassin méditerranéen mais les artistes ont oubliés depuis longtemps la signification  des signes qu’ils gravent : étoiles, rosaces et autres gracques. A cette époque les colliers réalisés en Italie sont souvent rehaussés de couleurs au contraire de ceux réalisés en Provence. Pour pouvoir être enfilés les colliers sont réalisés en deux parties reliées par des clavettes de bois dur extrêmement décorés.

Les bats sont chargés de besaces étanches dites « ensari », en peau de mouton et de chèvre. Elles contiennent tout ce qui ne sera pas utilisé pendant le trajet car pour améliorer la résistance aux intempéries, l’ensemble du bat est lui-même recouvert d’une peau étanche et tendue dont la fixation est si longue qu’il ne saurait être question d’y toucher aux étapes. Les seuls objets accessibles sont donc les deux objets posés sur les bats :

- un grand parapluie toscan bleu

- un « gamarre » qui est un grand manteau  marron dans lequel on peut s’envelopper (une sorte de burnou), il est tissé avec de la laine écrue, ce qui donne un dittu dit « cadis ».

L’ensemble pesait un peu plus de 10 Kg.

A 3 km/h environ, le troupeau parcourt chaque jour la trentaine de kms qui séparent les « relarguiers », aires où les bêtes peuvent se reposer et se nourrir. Pour limiter la gêne causée au troupeau par le soleil et les nuisances causées aux usagers normaux de la route, ces marches sont dans la mesure du possible effectuées de nuit avec des départs en fin d’après-midi.

En. Tête, un berger porteur de lanterne ouvre la marche avec les ânes. En queue un berger recueille les éclopés dans la jardinière sous laquelle se balance un seau d’eau ; les chiens assoiffés abandonnent un instant leurs maîtres pour venir s’y désaltérer. Les autres bergers sont répartis dans le troupeau pour éviter que se forment des bouchons. Pour se faire obéir ils utilisent les fouets qui pendent habituellement sur leur poitrine : d’un coté le manche court et de l’autre coté la longue et large lanière tressée. Ils interviennent en particulier lorsque des voitures sont rencontrées.

L’itinéraire emprunte en effet les voies carrossables normales au grand dam des automobilistes car ce sont 200 troupeaux regroupant 400.000 ovins qui transhument chaque année. Cet usage des routes empierrées ou macadamisées fatigue aussi beaucoup les bêtes qui y usent leurs sabots. Celles qui n’ont pas l’habitude des cailloutis, par exemple, parce qu’elle viennent de Camargue, risquent même de ne plus pouvoir avancer.

Le redoun alerte les gardes-champêtres qui, en principe se relaient pour protéger les cultures et surtout les vignes. En fait, la durée de l’escorte et l’acuité visuelle des gardes varient énormément en fonction du montant des étrennes que le bayle juge bon d’accorder ( il serait malséant d’y voir une corruption de fonctionnaire car il ne s’agit que d’un vestige de l’antique taxe de pulvérage payée par les troupeaux traversants les terres.

Certains se laissent aller à dire que pour éviter de réveiller les gardes trop pointilleux, des bayles remplissaient d’herbe les redoun et les semailles les plus bruyantes.

Bien entendu, après le passage d’un troupeau, routes et relarguiers étaient glissants. Le nettoyage était effectué par des volontaires qui, en guise de salaire, conservaient le « migon » et l’utilisaient comme engrais.

Au départ de Grans, les trois premières haltes s’effectuent toujours à Rognes, au au Puy Sainte Réparade et du Logis d’âne près du pont Mirabeau. Le relarguier du Puy  Sainte Réparade comprend 4 parcs où les troupeaux peuvent être isolés et enfermés. Les bergers peuvent dans ce cas exceptionnel ( le relarguier de Seynes est le seul a offrir aussi des parcs) dormir normalement. A Rognes, une carrière désaffectée sert de relarguier et au Logis d’âne il n’y a qu’un pré nu.

Pour ganger les pâturages généralement situés dans la zone ombrée du croquis ci-après, certains troupeaux remontent le Verdon. Les autres traversent la Durance sur le vieux  pont suspendu détruit en 1944 par le maquis. Il faut alors composer avec la gardienne qui ne manque jamais de se réveiller pour vérifier que le troupeau ne surcharge pas l’ouvrage. Elle maintient donc entr’ouverte une barrière qui empêche le passage simultané de plus de quatre brebis. De plus, dès la barrière passée, les hommes doivent prendre le pas de course. Dans tous les cas le voyage exige un peu plus de dix étapes.

Pendant le voyage, les coups d’accordéon provoqués par les voitures ou les particularités de la route ne cessent pas. Les bêtes passent donc leur temps soit à piétiner sur place soit à galoper pour se rapprocher de la tête. Si l’on se rappelle à quel point les ovins ont l’habitude de se bousculer, on comprendra que le voyage les fatigue beaucoup.

Hommes et chiens ne sont pas mieux lotis. Ils doivent toujours être en éveil et en mouvement pour éviter les accidents, rattraper les fugueuses et prévenir les vols ( la traversée de Sisteron était, de ce point de vu, particulièrement dangereuse).

A l’arrivée, il faut donner à manger et à boire puis s’assurer que les bêtes reposent. Alors seulement les hommes peuvent penser à eux. Laissant l’un des leurs avec les bêtes, ils peuvent gagner un restaurant où ils prendront trois repas chauds avant de repartir. Ce serait presque luxueux s’il ne fallait dormir près du troupeau, sur le sol, à la belle étoile, enroulé dans son gamarre. Plus le temps est mauvais, moins on peut s’écarter des bêtes, elles risquent de s’affoler et de s’égailler, ce qui peut avoir des conséquences très sérieuses. S’il vente ou s’il pleut, le parapluie est déployé mais malgré ses dimensions imposantes, il ne permet pas de  s’allonger ; c’est donc assis que le berger subit mistral pluie ou orage en s’efforçant de somnoler.

Très vite les hommes sont exténués. Quand tout va bien, ils marchent à demi éveillés ou même complètement endormis ainsi qu’en témoigne de nombreux incidents. Le plus fréquent est celui où un berger endormi continue en ligne droite alors que le chemin tourne ; il chute alors dans le fossé ou, pire, dans une pente abrupte. On cite même le cas d’un berger de Raphèle qui tomba sur son bâton appuyé sur le sol, s’y perça le palais et en mourut illico.

A l’arrivée le bayle organise l’utilisation des pâturages loués. Si l’alpage est assez bas pour que la neige ait déjà disparu, les méthodes valables en plaine sont utilisées : le troupeau est partagé en bande homogènes de 200 à 300 bêtes allouées chacune à un berger.

L’usage du terrain est planifié de façon que tous les jours chaque bande puisse pâturer pendant trois heures un herbage neuf dit : « soupade » en parcourrant à l’aller et au retour des herbages déjà pâturés dit « rouysses ». Si, au contraire, la neige n’a pas encore dégagé  l’ensemble de l’alpage, la pâture se fait par quartiers dit « d’arrivée » « d’Août » et d’ « Automne ». Les bêtes ne sont pas triées  et sont libres de pâturer à leur guise dans le quartier en usage, étant entendu que

- le quartier d’ Août est généralement encore enneigé lors de l’arrivée

- le quartier d’ « Automne »  est constitué par les parties les plus riches et les plus pauvres lors de l’arrivée. Les parties les plus riches sont broutées une première fois d’entrée de jeu et le regain est brouté en fin de saison en même temps que les parties pauvres qui ont, alors, leur intérêt maximal.

Dès qu’il le peut, le bayle descend au village le plus proche pour y contacter les autorités locales ( maire, gendarmes, poste,…) et effectuer ses premiers achats :

- de la paille de seigle neuve pour remplacer celle qui, depuis l’an dernier remplit les « breysses », casiers rectangulaires sans fond qui servent de lit

- du sel en gros grains rouge destiné aux brebis qui le trouveront sur les «  assalés ». Ce sont de grandes pierres plates utilisées depuis longtemps à cette fin et qui sont disposées près des point de passage obligés ( les brebis ne mangent jamais de sel en plaine mais en réclament à partir de leur arrivée à Lus la Croix Haute ou du relarguier correspondant sur les autres itinéraires.)

Après les fatigues et incidents du voyage commence une vie paisible et rythmée par les besoins du troupeau. Chacun passe sa journée, isolé avec ses bêtes, à songer après avoir accompli sa seule besogne domestique : laver son linge de corps au ruisseau. C’est dire que tous les événements inhabituels sont exploités au maximum.

-  Passage d’un gendarme ou d’un excursionniste ; ce qui est rare car la mode des séjours d’été à la montagne n’a pas encore été lancée.

- Rencontre d’un autre berger « chaumant » à portée de voix. ( chaumer, c’est laisser le troupeau rassemblé, ruminer et se reposer à sa guise sur une ruysse pendant quelques heures, avant de retourner paître.

- Visiter des collets destinés à prendre des marmotte, précieuses à trois titres, à partir de la fin Août quand elles ont revêtu leur pelage d’hiver et ont fait leur réserve d’hiver.

– Leur graisse, très fine et très pénétrante est très recherchée par les fabricants d’emplâtres,

– une fois dégraissée leur chair est très appréciée car elle est plus parfumée que celle du lapin

– Leur peau se négocie à des prix intéressants.

Tous les quinze jours environ, les bêtes sont comptées selon un procédé proche de celui du quipos des Incas. Dans les Alpes, les paquets de cordelettes sont remplacés par des jeux de planchettes, une par bande de moutons. Les bandes sont obligées de passer une par une dans un passage étroit où elles sont comptées à voix basse de 1 à 50 (pour éviter les dizaines difficiles et longues : 70,80 et 90). Au 50 ème mouton le compteur criait : « taille » et le porteur de planchette, la première fois entaillait la planchette, ensuite suivait de l’ongle la progression du décompte. La planchette ne portait donc, outre les entailles, que le type de bande et le reste par rapport à 50. Quand tout le troupeau était rassemblé, ce procédé très simple permettait de suivre l’effectif à l’unité près et de façon très rapide malgré des opérateurs qui parfois ne savaient ni écrire ni décompter plus de 50 objets. Cette rapidité était indispensable car après le trajet le troupeau était recompté après chaque incident pour éviter que toute une bande de moutons ne s’égare.

Quand les bêtes ont bu et sont installées pour la nuit, les bergers prennent leur unique plat chaud quotidien. Il a été confectionné par le bayle et ne comporte généralement qu’une soupe épaisse à base de pâtes et de petit salé. Le repas est complété par du pain accompagné de fromage ou de saucisson. Toutes les boissons alcoolisées sont en principe inconnues des organisateurs.

Au matin, avant de partir, chacun prend une collation comportant café, lait de chèvre, pain et saucisson  ou petit salé froid. Une partie du pain et de son accompagnement est conservé pour servir de casse-croûte à midi.

Bien entendu, les bêtes accidentées sont mangées. Si cet «  heureux événement » se produit au début d’estivage, le bayle prépare une « moutonnaise ». La bête est d’abord vidée et écorchée comme à l’accoutumé mais est ensuite complètement désossée sans être dépecée. Après quoi la viande est partagée en 4 quartiers,  abondamment salée et recouverte  d’herbes odorantes. Ils sont ensuite remis dans la peau formant sac étanche. Au bout de 40 jours la peau est ouverte et les quartiers mis à sécher à l’ombre. La viande ainsi traitée se conserve longtemps à une époque où les congélateurs sont inconnus. Elle se mange cuite et est délicieuse.

Les chiens ne participent pas aux repas des hommes. Ils ne recoivent que de la polenta qui n’est que de la « pignolette » (farine de maïs naturelle) cuite à l’eau dans des marmites de 20 litres. Chaque chien en recevait 3 louches matin et soir. Pour compléter ce régime végétarien les chiens chassaient toutes les bestioles mangeables au grand dam des bergers qui craignaient ainsi de les voir devenir trop indépendants.

Faute de lumière et de sujet de conversation les veillées étaient très courtes car il semble qu’à cette époque les « jeux de bergers » décrits par Giono dans le « Serpent d’étoile » n’existent pas ou plus dans la réalité des faits. Quelques jeunes emportaient dans leur ensari de quoi confectionner des semblants de lit avec drap et couverture mais la plupart des bergers de l’époque n’ont jamais connu un tel luxe ; ils ajoutaient une couverture à leur gamarre et s’en trouvaient heureux.

La monotonie du séjour n’est rompue que par les accidents météorologiques, les maladies et les incidents administratifs.

Quand le mauvais temps est prévu, les bêtes sont parquées. Il est aisé d’imaginer les émotions procurées par la poursuite de la dernière chèvre fugueuse ! Quand ce rassemblement n’avait pas été effectué, il fallait, après le grain, récupérer les bêtes poussées par leur instinct à se réfugier dans les hauteurs. Ce n’était pas toujours facile quand une bande s’était « embarrée » dans une zone difficile.

Les hommes gravement malades ou accidentés étaient descendus sur un bat et dirigés vers l’hôpital le plus proche. Les autres sont soignés avec l’un des trois articles de la pharmacie :

- teinture d’iode ou essence de térébenthine utilisés comme désinfectant ou révulsif.

- Aspirine ou marc pour tous les autres cas.

Pour les brebis, il n’y a que deux traitements :

- chaque fois qu’un infection est visible, création d’un abcès de fixation en fixant au lobe de l’oreille un morceau de lacet de soulier en cuir (dit : courrejioun).

- Chaque fois qu’une langueur ou un manque d’appétence est repéré, pose à la base de la queue d’un courrejioun formant garrot puis, quand la queue est noire de sang, incision au couteau de berger ( ce couteau, sans cran d’arrêt est caractérisé par un manche de corne et une courte lame triangulaire aiguisée d’un seul coté.)

*

Tout est organisé pour qu’aucun agnelage n’intervienne en montagne car la survie des agneaux y est douteuse. En fait, naissance et mort d’agneaux sont fréquentes car un troupeau moyen compte plus de 1000 mères potentielles. Les naissances ne posent pas de problèmes. Les morts, au contraire, entraînent la mise en œuvre d’un rituel compliqué. On s’efforce en effet de faire adopter à la brebis esseulée un autre agneau tiré d’une paire de jumeaux. Pour y parvenir, l’agneau mort est dépouillé et sa peau fixées deux à trois jours sur l’agneau à transférer. Cette opération était très délicate car il fallait tromper le goût et l’odorat de la mère grâce à une couverture compète de l’agneau vivant. Cette habitude étrange doit venir de fort loin puisque la Bible raconte que Rébecca en usa ainsi pour leurrer un Isaac aveugle au profit de Jacob et au détriment d’Esaü ( Genèse 27-16 )

Les alpages proches de la  frontière italienne ont procurés des souvenirs plus corsés car si les douaniers Italiens et Français ressemblaient à ceux d’aujourd’hui, les gardes fascistes puisaient dans un nationalisme pointilleux des prétextes à se mettre en valeur à l’occasion de chaque vétille. Ils avaient de quoi faire.

- des réfugiés traversaient discrètement les alpages pour ne se faire prendre ni en Italie ni en France, d’où les autorités auraient pu les refouler.

- Des contrebandiers passaient tout aussi discrètement la frontière mais dans les deux sens. :

– Les Italiens amenaient en France du riz et repartaient chargés de sel

– les Français auxquels des bergers se joignaient occasionnellement, emportaient en Italie papier à cigarette, chocolat, bananes, eau de Cologne et même sucre en morceau qu’ils troquaient contre des alcools et des machines à faire des pâtes.

– Les bergers français et italiens troquaient bêtes et alcools.

Cette vie, simultanément rude et monotone, était menée par des gens de tous âges, loués à l’année ou au semestre. Le travail de berger était en effet considéré comme un travail d’appoint. Des gransois ne gardaient que pendant la transhumance car pendant l’hiver ils exerçaient un autre métier.( vitriers ou marchant de peau de lapin, par exemple ) tandis que les alpins venaient garder en plaine car l’hiver interdisait chez eux toute activité alors que les sports d’hiver n’avaient pas encore suscités une industrie. Cette pratique explique l’origine alpine de certaines familles aujourd’hui implantés à Grans.

Les contrats de louage garantissaient au berger ( lou pastrou ) un niveau de vie supérieur à celui qu’ils auraient pu obtenir en tant qu’ouvrier sédentaire. A titre indicatif, on peut estimer à 2000 francs le salaire annuel d’un pastrou et à 4000 celui d’un bayle au moment où un ouvrier ne gagnait que 1500 francs.

Pastrou et bayle étaient nourris et logés ( rustiquement ) comme tous les employés célibataires de fermes. Le mariage compliquait les choses, aussi bien pour les employés que pour les employeurs mais il semble bien qu’à cette époque  les bergers sont habituellement mariés. Dans ce cas, les épouses accompagnaient leur mari à la montagne chaque fois que les conditions de logement le permettaient. Elles participaient aux rares activités ménagères et, en contre partie, étaient nourries mais non rétribuées : elles étaient des épouses de berger, non des bergères.

L’habillement est entièrement à la charge des bergers. Habits et linge de corps sont identiques à ceux des gransois. Les bergers ne se singularisent qu’en ce qui concerne le parapluie, le gamarre, les souliers, les jambières, le bâton et le fouet. Tous cela est acheté sur les foires sauf les souliers et le bâton. Les souliers à clous et à tiges courtes ont tous été fait sur mesure par le père Mollard  établi à Eyguières. Chacun en possède deux paires : celle, neuve, de l’année et celle de l’année précédente qui a été ressemelée. Les bergers taillaient généralement leur bâton dans des bois de noisetier, d’érable, d’amandier ou de buis. Ils le décoraient de sculptures qui, selon Charles Galtier, représentaient souvent un serpent, des scènes de la transhumance ou des motifs géométriques ; ces beaux bâtons devaient être rares puisqu’il n’a pas été possible d’en retrouver un seul pour le photographier afin d’illustrer cet article.. Ils étaient parfois muni d’une courroie de cuir servant de fouet.

Quant ils ne participaient pas à la transhumance, les bergers étaient aussi difficiles à identifier par leur comportement que par leurs habits. Rien ne permet de leur attribuer, sur quelques points que ce soit, un comportement différent que celui de leurs contemporains. Cette remarque a surpris les rédacteurs de ces quelques lignes car le genre de vie décrit est très différent de celui des autres français ; elle se trouve d’ailleurs conforté par l’historique des familles avant et après le deuxième conflit mondial ; la mobilité sociale y apparaît très grande après que la guerre ait été normalement subie par les bergers.

Que dire pour conclure ?

La transhumance a été et est justifiée par des impératifs économiques et  climatologiques. Elle n’a jamais enrichi personne mais elle exalte le goût du risque raisonné chez les organisateurs et maintient  ceux qui la vive en contact intime avec la nature.

Souhaitons qu’elle perdure !

Jacques de Champeaux

Bernard Weber