Les textes de Aqui N°2

PETITES HISTOIRES …..du CLIMAT en PROVENCE

L’année 85 a débuté par une période de « grand froid » qui a vite pris l’allure de catastrophe nationale. Qui ne se souvient des canalisations gelées, des radiateurs impuissants? Qui ne se souvient d’un vent glacial qui n’avait plus rien de « vent fripon » ou autre  vent de dames, lesquels nous sont heureusement plus familiers ? . Phénomène exceptionnel sûrement, mais pas unique : l’hiver 56 fut plus rude ( de -16 à -20) et nombre d’oliviers périrent  à tel point que la majorité de ceux que nous voyons aujourd’hui sont des rejets de moins de trente ans (la souche, elle, est souvent bi-centenaire).

L’idée m’est venue de plonger dans les archives pour voir si nos anciens avaient eux aussi éprouvé de tels maux . Et bien, le bilan est effrayant ! Grands froids, grandes eaux, sécheresses terribles, avec généralement une bonne peste pour couronner le tout, ont rythmé l’histoire de la Provence et accablé des gens bien moins protégés que nous.

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I – LE MISTRAL . . . et les autres !

C’est le premier des fléaux redoutés par le Provençal (avec la Durance et le Parlement, disait-on au XVIII éme siècle) . âpre, froid, impétueux, violent, sont les qualificatifs  qu’on lui attribue le plus souvent . »Il dure ordinairement trois jours quelquefois neuf,  et, rarement douze » note Villeneuve ( Statistiques) qui l’affirme capable de « déraciner  les plus gros arbres, emporter le toit des maisons et renverser même les édifices ». Caton, qui l’appelle CIRCIUS , l’avait vu jeter à terre un homme armé et l’empereur Auguste élèvera un peu plus tard un autel à ce dieu si redoutable! Diverses sources s’accordent à dire qu’en 1770 il aurait soufflé onze mois ( quatorze, selon  Papon) d’affilée, « les hommes et les bêtes en étant rendus presque fous « : on le croit  Volontiers !

Plus discret mais parfois redoutable, le vent du sud-est , quand il dégénère en ouragan  imprévisible; ainsi en 1808 . » le temps étant serein, une masse d’eau bourbeuse, de cinq pieds de hauteur s’avança en bouillonnant, poussant devant elle les eaux limpides et les graviers. Deux enfants qui nageaient n’eurent pas le temps de gagner la rive, l’un fut entraîné par les eaux , l’autre dut son salut à un arbre où il s’accrocha « .  Papon surenchérit (8 avril 1761)  » Dans l’espace d’une, heure, il renversa dans le terroir compris entre Aubagne et Roquevaire 161O pieds d’arbres fruitiers et 6000 oliviers dans celui du Bausset. A Aix et a Marseille, il ébranla ou abattit de gros arbres et les cheminées de plusieurs maisons. » Il est vrai qu’en matière de description, le style de Papon est plus imagé que celui de Villeneuve. Ecoutons-le décrire un de ces orages qui brisent la monotonie d’un ciel trop bleu:  » les eaux, coulant sur la pierre vive, s’accumulent dans les ravins et forment des torrents à qui rien ne résiste. De là ces vallons profonds qu’on rencontre dans les pays calcaires et encore plus dans la bande marneuse, appelée en Provence: pays de Roubines. Les eaux y décomposent plus facilement les rochers qui sont plus tendres parce qu’ils sont calcinés par le soleil ou fendus par les glaces; elles en entraînent au loin les débris avec un rugissement affreux. On croirait voir une montagne rouler dans la plaine, au milieu d’une poussière d’eau qui s’échappe des vagues écumantes . L’air d’alentour en est si agité qu’il fait plier les arbres et souvent même il les renverse. On ne voit que trop souvent disparaître, sous ces monceaux énormes de pierres, des hommes, des animaux, des maisons, des prairies et des campagnes couvertes de vignes et d’oliviers. »   ( Papon – Histoire de Provence )

Voilà un style bien Méridional !

II -.DU TRES FROID AU TROP CHAUD.,,

Dans une Provence essentiellement rurale et donc agricole, les caprices du climat ont toujours été durement ressentis. Grands froids(1568,1621,1776), sécheresse extrême (1 536, 1639,1719,1808),pluies excessives (1544,1651, l’année du déluge; 1804…)semblent se relayer pour accabler le paysan, impuissant devant de telles calamités. En Provence, le climat est à ce point irrégulier qu’aucune récolte n’est sûre avant d’être engrangée: le pire est toujours possible, voire probable. Prenons un exemple parmi tant d’autres, celui du XVI éme siècle;

1502,1504,1506 ,..,.,..,..,..,..,….,,..,.,.,,,grandes chaleurs.
1507,.,.,,.,…,…,,.,.,,-,..,………,,….,…,..,,froid extrême.
1509….,….,…,,.,.,,..,…,.,.,,,,….,.,..,…,…sécheresse.
1510,18,19,21,22,29,,,,…………….,,,….,années pluvieuses.
1536..,..,……………………………..,……..,,sécheresse au maximum.
1544,1546….,,,…….,,.,,..,…..,………….,..années pluvieuses
1548…..,……………,,..,,..,……………….,..grand froid
1556,1562………..,……….,…,..,………….,années pluvieuses.
1564,65,68,69,70,71,,.,…,,……………,,,,,grands froids.
1578,79,80,81,83,87,……,.,…..,..,.,……,.années chaudes, pluvieuses.
1591,1594…,….,,,…,,……,..,,………,…….grands froids.
1596,1598……….,……….,,..,…,.,,……….,années chaudes, pluvieuses.
1599,1600,,,..,…,.,.,,,,,,..,,…,……………..deux années de froid.

Dans de pareilles conditions, comment survivre , payer l’impôt et ménager l’indispensable semence de la prochaine récolte? D’autant qu’à ces malheurs s’adjoint inévitablement la maladie : 14 pestes, 5 épidémies diverses, et comme si cela ne suffisait pas, 6 famines, une recrudescence de la lèpre et… un tremblement de terre . 1509)  . Le tableau suivant donne quelques détails.

( TABLEAU )

… à quoi il faudrait encore ajouter le long conflit avec  Charles-QUINT et les guerres de religions !C’est pourquoi, derrière la rigueur statistique du tableau de  Villeneuve, on devine les souffrances et la misère d’une population démunie. J’ajoute que le XVI éme siècle n’est pas, loin de là, exceptionnel : remontant jusqu’au V éme siècle après J.C., j’ai partout retrouvé le froid, la faim, la maladie alternant avec de rares années sans histoire On comprend mieux maintenant pourquoi le Provençal a l’âme chevillée au corps : c’est pour supporter un climat pareil !

D. Moynault

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LE SAVIEZ-VOUS ?

H.T-G-s’intéresse à la chapelle St Georges ! Après le débroussaillage énergique entrepris par la municipalité, il y a 2 ans, la végétation repart.

Pour rendre à cet édifice roman sa beauté et sa simplicité d’antan; nous allons mener une campagne de restauration, en accord avec le Ministère des Affaires Culturelles. Une prochaine exposition, à la chapelle Ste Anne (Près de l’église), vous permettra de mesurer l’ampleur d’une tâche délicate. Les anciens se souviennent du pèlerinage annuel de St Georges, moment d’émotion, de joie et de solidarité villageoise;voilà une tradition à rétablir d’urgence, et l’appui de l’abbé SINI est assuré.

Pour soutenir notre action (11 sections et la revue « AQUI »… )  , recevoir tous les numéros à domicile, être informé de nos activités demandez la carte des « Amis de l »Association H.T.G.  » qui vous coûtera 50 francs par an mais nous apportera la preuve de votre soutien.

Vous pouvez participer .Contactez l’un de nos responsables:

-pour l’Histoire des Gransois, Mme GALLERON

-Pour l’Histoire ecclésiastique locale Mr VIALLE

-Pour l’Inventaire des Traditions Mr C. DAUPHIN

-Pour l’Inventaire visuel Melle A.M.MOUNIER

-pour l’Inventaire économique Mr DARRASON

-Pour le Patrimoine Archéologique Mr WEBER. . . .

La photographie aérienne de GRANS qui constitue le dos de la revue est la première d’une série de neuf. L’ensemble constituera une couverture aérienne complète du village ; gardez précieusement vos numéros.

- LOUIS VALLIERE -

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Louis VALLIERE est ne le 19 Septembre 1890 dans le bourg de Grans de parents gransois depuis toujours. Les cours l’école primaire le conduisirent au Certificat d’Etudes Primaires. Il l’obtint sans difficulté mais comme la quasi totalité de ces camarades, il arrête là ses études officielles et devient apprenti chez ses parents: ils dirigeaient à Grans une boucherie et cultivaient quelques terres. A cette formation scolaire puis professionnelle s’ajouta une formation musicale soignée débutée à Grans et poursuivie auprès de tous les professeurs résidant à Salon. Il parvint ainsi a maîtriser non seulement le solfège et le piano mais aussi le violon. Et l’harmonie.

Mobilisé en 1917 dés ses 18 ans, il participa dans l’artillerie aux combats de 1918 en Belgique. Il fut démobilisé en 1920 après quelques mois d’occupation en Rhénanie et une année passée au théâtre aux Armées.

Il épousa en l925 Mademoiselle Savary, fille du propriétaire de l’un des 13 moulins existant alors sur la commune de Grans.
Il consacra ensuite toute son activité professionnelle à la minoterie. Quand il prit sa retraite en 1964, il ne restait plus qu’un moulin à huile et son moulin à céréales qui avait prospéré grâce à de judicieuses modernisations. Il pouvait traiter chaque jour, avec une rentabilité supérieure, 80 quintaux au lieu des 50 quintaux initiaux. On notera toutefois que la multiplication des jours non travaillés maintient la production aux environs de 15 000 quintaux par an.

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Plus tard, et pour faire profiter le village  de  ses  relations,   Louis  Val!ière accepta  de  participer  à  la  gestion  des  affaires communales à condition de ne pas avoir d’étiquette politique à adopter. Elu sur la liste GAVAUDAN en 1971, il assuma les responsabilités d’adjoint au maire dans des circonstances parfois délicates.
Celle vie consacrée au terroir est attachante et méritoire mais n’aura pas attiré l’attention du Conseil Général. Si elle n’avait  pas été doublée d’une activité artistique considérable.

II débuta tôt. A 12 ans il joua au violon une valse à la distribution des prix. A 14 ans il composait déjà des valses et polkas. A 17 ans les « felibres arlalans » venaient lui demander de mette leurs vers en musique.

Son génie s’est épanoui entre les deux guerres dans trois domaines :

a) Opéras ou il met en musique les livret écrit par Francis GALLERON. Les plus marquants sont « SYLVETTE » et « AMOUROSO PENTAILLE ». Cette collaboration fût tragiquement interrompue par la disparition de Francis GALLERON dont nous aurons probablement l’occasion de reparler. Il en reste le souvenir d’une amitié sans nuage marquée par de petites attentions dont le Sonnet Acrostiche ci-dessous :

(sonnet)

b) Revues où il illustra des livrets écrits par son beau-frère Paul Décombis. Elles furent créées au Casino Ravel de Grans avant d’être jouées dans tout le département. Elles étaient annoncées par dépliants du genre de celui reproduit ci-contre Les mieux accueillies furent:

« C’est un As ! »
« Allons-y, c’est chic »

(affiche)

c) Comme il n’existait ni télévision, ni magnétophone, ni disque, ni radio, les orchestres locaux pullulaient et transmettaient la culture musicale populaire. Pour cette clientèle aujourd’hui éteinte Louis Vallière avait créé un « service des Chefs d’orchestre » qui lui permettait de diffuser ses ouvres.

(exemple :  MANOLITA)

Cette ouvre abondante révèle une très riche inspiration. Elle est due a un chef d’orchestre qui exploite au maximum les possibilités de chaque instrument au prix dune écriture souvent chargée qui exige des exécutants très avertis. Louis Vallière ne sacrifie pas à la mode ; il en rajoute et son ouvre est donc très caractéristique de son époque.
Les enregistrements sur disques étaient rares et réservés aux auteurs à succès ou aux académiciens parisiens. Heureusement Louis Vallière a soigneusement conservé ses partitions. Il est donc encore possible d’espérer faire revivre cette ouvre. Il s’agit là d’un travail considérable tant au niveau des problèmes posés à chaque exécutant qu’au niveau des problèmes posé/s par le nombre et la variété des exécutants à réunir.
Les premiers essais sur des pièces pour, pianos sont prometteurs et vont être poursuivis jusqu’à l’obtention de Minicassette diffusables. Le stade suivant devrait étre la duplication des partitions existantes pour limiter les risques de disparition accidentelle et la constitution de mini groupes pour faire revivre les pièces isolées (la pièce que Louis Vallièrè considère comme son chef d’ouvre exige une chanteuse, un pianiste, un violon et un violoncelliste).

(dessin JC. D)


LES ORIGINES DE NOEL.

NOEL !… NOEL !…

Cri de joie, d’allégresse et d’espérance! De toutes les fêtes célébrées dans le monde entier,  Noël est certainement la plus grande, la plus belle et la plus riche en traditions. C’est aussi l’une des plus anciennes qui remonte à la nuit des temps, au fin fond des âges préhistoriques.

De temps immémorial, certains peuples avaient coutume d’allumer des feux à cette date ; il voyaient arriver avec soulagement le moment tant désiré où les jours cessent de décroître. C’est en effet à cette période de l’année que l’astre solaire , source de chaleur et de lumière, principe vivifiant de tous les êtres organisés, se stabilise soudain dans sa course écliptique. Cela se passe du côté des Tropiques, Tropique du Cancer en été , du Capricorne en hiver. Le Dieu Soleil fait sa pose semestrielle :  solstices !

Fêtes solsticiales ! Rite du feu, culte du Soleil ! Tradition universelle ! 0n en trouve trace chez les Anciens, chez les Antiques et encore chez les Modernes ; en Roumanie, en Irlande, chez les Bretons et chez les Maures ; en Asie , en Ukraine et au Mexique … (monuments  dont l’architecture est basée sur l’astronomie : alignement de dolmens, pyramides, etc. )

L’homme souffrait et errait dans les ténèbres glacées de l’incertitude.

Et voici qu’il découvre et maîtrise le Feu, infiniment modeste mais très concrète représentation du vénéré Dieu Soleil, Voici qu’il scrute le ciel en s’interrogeant longuement et qu’il en perce ses secrets.

Il connaît maintenant le rythme des saisons, les périodes bénéfiques ou maléfiques résultant des subtiles influences astrales. Il sait quand et comment invoquer le ciel dispensateur (mais avec si peu de discernement) d’eau et de feu, tantôt mannes célestes, tantôt cataclysmes destructeurs,

Les fêtes solsticiales, entre autres, sont la manifestation de ses espérances et de ses craintes, l’expression fervente de ses prières et de sa dévotion.

A ces deux époques de l’année, le même jour et à la même heure, un feu, deux feux, mille feux vont éclore un peu partout dans le monde, pour se joindre en un ultime remercie-ment au Dieu-Soleil, pour ses bienfaits. Ces humbles foyers allumés au crépuscule vont croître et se multiplier dans la nuit, s’élever comme autant de messages de gratitude et de regrets aussi, puisqu’au lendemain du solstice d’été, le jour commence à décliner ; au seuil de l’hiver, messages de bienvenue, de confiance, car le jour le plus court de l’année, dès demain, va s’amplifier, affirmant ainsi son triomphe sur la nuit. __ .

Par ces feux rituels, expression formelle d’un culte, d’une religion dont le Soleil et le Dieu Majestueux (qu’on l’appelle Mazda, Mithra, Râ, Phébus ou Apollon,…) par ces feux incantatoires, nos lointains ancêtres célébraient avec ferveur la victoire du jour sur la nuit. Dans cet éternel combat que se livrent la lumière et les ténèbres, les hommes ont choisi leur camp ; celui de la chaleur bienfaitrice contre le froid sépulcral, celui du feu purificateur contre l’ombre malfaisante, celui de la Vie contre la Mort.

Fêtes solaires ! Fêtes de la naissance du jour croissant ! Sanctification du triomphe de la vérité sur le mensonge, du bien sur le mal, expression du dualisme universel ! Communion de tous les hommes tournés au même instant vers l’astre resplendissant, vers la promesse de jours meilleurs ! Chaîne fraternelle d’amour et d’espérance.

Dés le commencement du christianisme, l’anniversaire de la naissance de Jésus fut célébré par une fête spéciale (la date de naissance du Christ n’est pas indiquée dans les Evangiles), Celle du 25 Décembre fut fixée par le Pape Jules Ier au IV éme siècle de notre ère.

C’est au Moyen-Age, où la foule vivait la vie de l’Eglise, que Noël deviendra la première, la plus grandes de toutes les réjouissances populaires. Noël, fête de Jésus, fête de Joie, d’Amour et d’Espérance pour les chrétiens, puisqu’il est l’incarnation même du Bien luttant contre le Mal.

0n fêtait le Dieu-Soleil, on fêtera Jésus, on fêtera les deux pour saluer la libération commune. Noël ( Nouvé, en provençal) vient du latin « natalis », naissance (Larousse), naissance du jour triomphant, naissance du Christ, naissance de l’espoir en une vie nouvelle et meilleure  .Les Dieux païens s’effaceront devant les Saints chrétiens qui, à leur tour, veilleront, au rythme des saisons et du calendrier agricole, sur les semailles et les récoltes, avec la même souveraine bienveillance, adoptant, dans leur grande sagesse les traditions millénaires qui les avaient précédés.

Ainsi, Saint-Jean-Baptiste (au solstice d’Eté) et Saint-Jean l’Evangéliste (au solstice d’hiver) n’échapperont pas au rite du feu et seront célébrés selon le culte druidique, par des feux de la Saint- Jean et la bûche de Noël.

Le soir de Noël, la bûche, connue autrefois dans l’Europe entière, était, il n’y a pas si longtemps encore très à l’honneur dans de nombreuses provinces françaises. 0n la déposait solennellement dans l’âtre, qu’elle occupait tout entier, suivant des usages particuliers à chaque région, a chaque village même.

La bûche est bénie après .des règles bien établies. Dans certaines régions, on y ajoute de l’eau et du sel ; en Bretagne, elle est parée de laurier et de houx ; en Berry, on l’accompagne de coquilles de noix qui rendront la flamme plus claire ; en Provence, elle est traditionnellement de bois fruitier.

En quelques endroits, la bûche, creusée, était remplie de cadeaux : fruits secs, friandises. Ici et là, elle est arrosée de vin cuit ou de la piquette locale. Le feu est généralement allumé par l’aïeul (en Bretagne, il doit avoir jeûné depuis midi). La bûche doit le plus souvent brûler toute la nuit ; elle brûlera trois jours dans les pays du Nord, huit jours en Bretagne, douze jours en Morvan et en Beauce. Il ne faut pas s’asseoir dessus, on risquerait d’avoir des furoncles pendant quarante jours. C’est de même un mauvais présage quand elle s’éteint. La  ménagère ne doit pas oublier cette coutume, elle casserait sa vaisselle tout la semaine.

Dans certaines provinces, les cendres de la bûche ont des propriétés magiques et il faut les recueillir. 0n les place sous le lit ou sur l’armoire. Elles préserveront la maison « du feu du ciel » ; pour cela il suffira d’en mettre une poignée dans l’âtre quand l’orage deviendra trop violent.

En Bretagne on en jette un peu dans les puits ; l’eau sera de bonne qualité et , surtout, les serpents n’iront pas y boire.

En Poitou, les cendres préservent de la toux et des rhumes. Pour que les poussins naissent vigoureux, il suffit de marquer d’une croix les oeufs à couver, avec un morceau pris à une bûche de Noël.

Dans les Pyrénées, les cendres servent à saupoudrer le semence de blé qui sera préservée de la carie. Dans bien des régions, ces cendres neutralisent les pratiques des sorciers, et d’une façon générale, protègent bêtes et gens du mauvais sort » (M. Leroy).

Dans la cérémonie de la bûche, ainsi qu’on peut le constater, symbolique et mythologie des anciens peuples, fétichisme, légendes aux origines confuses, superstitions locales et liturgie chrétienne se côtoient, se mêlent intimement jusqu’à se confondre ; et en 0ccitanie, en Provence particulièrement, plus que partout ailleurs.

La situation géographique de notre région à l’intersection des grands aies de l’Europe et du Monde Méditerranéen, son rôle historique, au carrefour des races et civilisations expliquent la diversité, la complexité de son héritage culturel, philosophique et religieux, et en conséquence, la richesse et la pérennité de ses fêtes et de ses traditions.

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Que reste-t-il aujourd’hui de cette coutume ? Le sort de la bûche est lie à celui des cheminées, remplacées il y a quelques décennies par des appareils plus sophistiqués et modernes les uns que les autres (le poêle à bois, à charbon, puis à mazout, les chaudières et radiateurs électriques ensuite).

Le feu a déserté l’âtre et , paradoxe suprême, il a abandonné les foyers. Et si la cheminée revient à la mode depuis quelques années, le rite de la bûche de Noël, rite plusieurs fois millénaire, a sombré dans l’oubli. Les solstices, jalons célestes des calendriers agricoles, ne sont plus, dans notre monde industrialisé et urbanisé, que de tristes vagues notions scolaires, et il faudrait beaucoup d’imagination pour leur trouver une relation avec les bûches de Noël à la crème pâtissière ou les bûches glacées plutôt vouées au culte de la consommation.


NOEL RELIGIEUX A GRANS.

L’abbé Sini , arrivé à Grans il y a bientôt 40 ans, a recréé une messe de minuit typiquement provençale. Elle est presque aussi courue que celle des Baux, non seulement par les Gransois , non seulement par les Provençaux, mais même par les étrangers. Quatre cent cinquante personnes y assistent chaque année.

L’église n’est pas décorée mais une superbe crèche occupe la chapelle de Saint- Jean, la première en entrant à gauche. Dix huit santons (15 en plâtre habillables et 3 en pierre nue), d’une taille comprise entre 60 et 70 cm, y figurent ; certains sont prêtés par de vieilles familles gransoises qui les vêtent richement. Il ne semble exister aucun lien (métier, nom,…) entre le santon et la famille prêteuse ; c’est ainsi que les BERNARD prêtent l’Enfant Jésus, les DEFUSTEL la Sainte-Vierge, les ROCCHIA Saint- Joseph, et les LEYDIER la poissonnière.

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A minuit juste la procession quitte la sacristie au milieu d’une foule soudain attentive et recueillie. Quatre Arlésiennes, en coiffe  traditionnelle avancent, fières et altières ; elles portent les produits du terroir : olives, pommes, amandes, fougasse et botte de foin. Six Mireille précédent trois bergers en grande cape qui portent, chacun, un agneau. Quatre Angelots, enfin , portent à la crèche le petit Jésus et précèdent le prêtre

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Pendant le trajet, de la sacristie à la crèche puis à l’autel, les chours chantent « Il est ne le Divin Enfant ». Les enfants se rangent au pied de l’autel et le prêtre débute 1a messe tandis que le ténor Bruno GUION, entonne le traditionnel « Minuit Chrétiens ». Kyrie et Gloria sont chantés en grec et en latin avant un sermon centré sur ce qui se passa il y a, en principe 1985 ans à Bethléem.

Dieu ayant décidé de briser l’engrenage créé par le péché originel intervint alors pour que les hommes de bonne volonté puissent accéder au Royaume. Il se manifesta , ce jour là, sous la forme d’un humble petit enfant qui ne se distingua d’abord que par une sagesse et une science aussi étonnantes que précoces.

A l’offertoire le prêtre arrête la célébration pour permettre l’offrande à Jésus des produits du terroir. Les enfants redescendent à la crèche aux accents de « Berger, laissons la Garde » et de « Les Anges de nos campagnes ». A leur retour la messe reprend tandis que les Arlésiennes quêtent (montant de 2.500 Francs environ) au profit d’une oeuvre gransoise

(cette année pour le chauffage de l’église) ; pendant ce temps la chorale interprète le Sanctus puis l’Agnus Dei. ‘De nombreuses communions sont distribuées par les célébrants, dans la bouche ou les mains des fidèles. Pendant ce temps une voix d’or égrène les notes de « Douce Nuit ».

La messe s’achève aux accents de « Parten, Parten ».

Parten , Parten per Betelem

Toutis ensen galoi countent

Diu la Bourgado

Juguen l’ aubado

Quinto journado.

Pour autant que l’on sache, si les ecclésiastiques continuent à dire les 3 messes de Noël, bien peu de fidèles assistent à plus d’une. Quant aux vêpres, aux complies et à la présentation du Très Saint Sacrement, ils semblent parfaitement tombés en désuétude , au niveau des fidèles tout au moins.

NOEL  AU  MAS.

« … alors, mon grand-père versait un verre de vin sur la bûche, en disant : ‘Si sian pas mai que siguen pas men (1) ». Chaque année, le 25 Décembre, Grand-père évoquait ainsi les Noëls de son enfance. Noël d’autrefois, magique par les gestes et aussi par les mots d’un patois que je ne comprenais pas totalement, mais que je sentais mien… Noël de l’aïeul de mon aïeule, j’ai voulu vous retrouver et vous revivre plus intimement. Provençaux de souche ou de cour, je vous invite, avec moi, à retrouver le déroulement classique de Noëls du siècle passé.

LA SAINTE BARBE : le 4 décembre, on met du blé ou autres graines à germer. Sans doute faut-il y voir une célébration du renouveau et de la fertilité, liée à la fête calendale. C’était, jadis , dans trois soucoupes blanches qu’on faisait souvent la plantation. Au rite païen venait se mêler le symbole chrétien de la Trinité, sous la forme du chiffre trois qui revient plusieurs fois dans les traditions de Noël. La Sainte-Barbe, c’est le signe que Noël approche. Dans les campagnes, autrefois, on finissait de serrer les plus beaux fruits et légumes en prévision du « gros souper »; on envisageait les invitations et les retrouvailles, car Noël est une fête familiale « Calena mé li sieu » (2). Dans cette période d’activité rurale ralentie, les préparatifs d’une célébration, où le populaire se mêlait intensément au religieux, prenaient la première place

La CRECHE  ET LES SANTONS : Si la tradition fait remonter l’Origine des crèches à St François d’Assise, c’est-à-dire au XIII éme siècle, ce n’est qu’au 1er Empire que les santons se popularisèrent, grâce à une production accrue par l’usage d’argile et de moules. Au tout début, les crèches étaient des représentations vivantes dans lesquelles on peut voir l’origine des pastorales. Quant aux premiers santons, ils étaient de cire ou de carton-pâte puis ont été de verre ou de faïence. Chaque pièce était, donc, unique et les santons relativement rares. Mais au XlX éme siècle, en Provence, ils ont pris une place essentielle, dans les foyers, au moment de Noël. Née d’une représentation religieuse la crèche se mêla, alors à la vie quotidienne et profane. D’autres traditions calendales connurent la même évolution . Certaines provoquèrent des réactions du clergé; ce fut ,en particulier le cas pour des abus populaires(3) ou même les Noëls chantés. Mais l’engouement pour les santons n’en faiblira pas : le ravi, la maride, le bohémien sont, aujourd’hui des personnages célèbres, dans le reste de la France, et, même jusqu’à l’étranger.

l – Si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.

2 – Noël avec les siens.

3 – En 1620, l’archevêque d’Arles prenait des mesures contre les jeunes Gransois qui percevaient les offrandes de Noël.

Alegre , Diou nous alegre

Cachofué ven, tout ben ven

Diou nous fagué la graci dveire l’an que ven

Si sian pas mai que siguen pas men. (1)

Les préparatifs se précisent. La crèche a été faite ; on cueille de la verdure pour orner la maison : du laurier, du petit houx. Jusqu’au début du XlX éme siècle, la plus grande attention était apportée à la décoration d’une bûche , de la Bûche. Celle-ci était soigneuse ment choisie pour sa belle taille, dans un bois fruitier de préférence, mais, surtout pas en figuier qui, brûlant mal, portait malheur. Couverte de verdure, elle trônait prés de l’âtre, les quelques jours  qui précédaient la fête. Enfin, le 24 au soir, arrivait son heure : la cérémonie du cacho-fio débutait la soirée. Etymologiquement le terme cacho-fio-bouto-fio évoque la double idée de feu caché, et, de feu mis ou écrasé. Quelle que soit l’interprétation adoptée, l’idée de renaissance du feu persiste. Là encore, il s’agissait d’une célébration d’origine païenne venue se mêler à la fête chrétienne. La dimension religieuse est présente par l’appel à une bénédiction divine, mais aussi, sous une forme plus souterraine par le symbolisme de la Trinité. En effet , la bûche était portée par le plus jeune et le plus vieux, cérémonieusement autour de la maison ; ce, trois fois de suite. Après quoi l’aïeul faisait une triple libation, en prononçant les paroles rituelles : « Alègre, Diou… « . Enfin, on mettait la bûche au feu, mais on ne la laissait pas se consumer totalement. Elle était rallumée chaque soir jusqu’à la fin de l’an. Bien sûr, d’une famille à l’autre, d’un village à l’autre la cérémonie comportait quelques variantes ; mais de façon persistante l’essentiel du rite était scrupuleusement respecté. Le cacho-fio a, malgré tout, disparu. A la fin du XlX éme et au début de notre siècle, ne perdurait du rite que l’invocation faite devant des bougies. Et, même elle, peu à peu…

Rites et superstitions de la veillée

La veillée débutait de façon cérémonieuse et rituelle et, c’est sur le même mode qu’elle se continuait. Jusqu’à la fin du siècle dernier, ce rituel était lié à de multiples superstitions. Noël était un moment privilégié pour les présages. Religieusement, c’est un événement exceptionnel, mais, surtout, dans la croyance populaire il prenait valeur symbolique car il était riche du futur : il commémore une naissance, et, de plus, coïncide avec le rallongement des jours. Aussi la réalisation d’actes nécessaires pour ménager l’avenir ou le deviner s’imposait-elle ce jour-là.

(1) L’Allégresse, que Dieu nous donne l’allégresse !

Noël vient, tout va bien.

Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient.

Et si nous ne sommes pas plus,

que nous ne soyons pas moins.

.  La salle commune était donc soigneusement décorée. La crèche était en vue, la table était dressée avec trois nappes superposées, sur lesquelles se trouvaient des feuillages, trois  bougies et les trois soucoupes du blé de Ste-Barbe(ci-contre la salle calendale au musée arlatan).

Tous ces éléments portaient en eux d’autres signes que la valeur symbolique du chiffre 3. Ainsi, une bougie brûlant de travers était signe de mort pour celui que la flamme désignait… Un blé bien venu laissait présager de bonnes récoltes. Suivant les lieux , les croyances variaient ou bien, d’autres venaient s’y ajouter. A Marseille, un chat miaulant pendant le repas était maléfique ; en de nombreux villages, les cendres de la bûche étaient mêlées à des remèdes, 0n se devait de penser aux pauvres ce soir-là et bien souvent un paquet de nourriture, si ce n’est un couvert, était prévu pour l’un deux. C’était la part ou le couvert du pauvre, tradition qui était d’usage à Grans. Lorsque après le cacho-fio l’aïeul découpait la grosse boule de pain appelée calendal, qu’il fasse quatre parts (en croix) ou treize parts (la Cène), le morceau du pauvre n’était pas oublié. Tout le monde passait à table ; les enfants avaient le droit, pour cette occasion de se servir seuls et ils devaient être bien émerveillés en voyant , à la fin du repas , les adultes se livrer à l’étrange rite des cendres. En quelques endroits, on avait coutume de déposer des cendres sur la nappe et de les repousser rapidement. Là encore, il y avait un signe : celui de pureté si rien n’était brûlé.

LE MENU DU GROS SOUPER.

Deux traits caractérisent le gros souper : rusticité et abondance des mets. Cette alliance apparemment paradoxale trouve sa source dans de multiples causes. Ainsi que le fait remarquer F. BENOIT (la Provence et le Comtat venaissin) il y a « l’idée populaire que l’abondance est un présage pour l’avenir », 0r on a vu l’importance accordée, autrefois, aux

superstitions en période calendale… Par ailleurs, cette débauche alimentaire est inextricablement liée à l’idée de fête rompant avec le quotidien, excessive au milieu de la retenue des autres jours. Sans doute faut-il y voir, aussi, comme une sorte de sacrifice (les fêtes paternes de l’équinoxe ne sont pas loin). Mais, pourquoi une abondance frugale ?

La Provence a longtemps connu la pauvreté, voire la misère :invasions successives, épidémies, climat .difficile: .Le repas de fête offrait ce qu’il y avait de meilleur, certes, mais parmi un choix de produits obligatoirement frugaux, et, même si par la suite la situation s’est améliorée, les habitudes sont restées. De plus, le gros souper était la veille d’une fête religieuse, il devait donc être maigre. Il n’est pas possible de donner un menu précis et limitatif puisque le contenu dépendait partiellement des produits de la maison. Mais il

y avait des impératifs et l’on retrouve des mets régulièrement cités, parce que de saison et de production régionale.. Certains légumes étaient traditionnels : le cardon, le céleri à l’anchoïade, l’artichaut, le chou-fleur.. L’abondance voulait que plusieurs soient sur la table. Il était d’usage, aussi, de servir des escargots.., ayant, en l’occurrence jeûné plus que de coutume. L’omelette, la morue achetée à l’extérieur trouvaient, aussi, leur place. A Grans, on devait manger des moules de l’étang de Berre, des poissons de la Touloubre .

L’apothéose du repas était, enfin le dessert. Depuis le début de la veillée, les treize desserts ou pachichoio trônaient sur un meuble, décoré de feuillages. Ils devaient être treize comme les convives de la Cène, mais le chiffre connaissait une certaine élasticité, due aux différentes façons de compter. On trouvait, impérativement le gibassier, fait à la maison . Les nougats étaient de tradition .On en vendait de diverses variétés dans les foires aux santons et on en faisait chez soi .Salon avait une spécialité de nougat rond (évoqué par Mazière en 1873) que bien des Gransois ont dû goûter. A cette liste venaient s’ajouter les dattes et les mandarines que le commerce avait introduites dans notre région dés le XV éme siècle. Les oranges étaient présentes, produites en Provence (Marie de Médicis en remarquait en 1564) ou venant de la Côte d’Azur. Enfin, il y avait les quatre mendiants qui devaient leurs noms à leurs couleurs rappelant les ordres monastiques : les Franciscains pour les figues sèches, les Dominicains pour les raisins secs, les Carmes pour les amandes, et les Augustins pour les noisettes ou noix. Ici, à Grans, tout comme à Lamanon, en introduisant une noix dans une figue on faisait le nougat du mendiant, appelé nougat du capucin par Mistral et dans d’autres lieux de Provence. Enfin, pour arriver à treize on complétait avec du raisin frais, des pommes, des poires ou du melon, ou des châtaignes. Et puis, bien sûr, on buvait . Mistral parle de Clairette. On prenait, au dessert, du vin cuit dans lequel était trempé le gibassier. Une liqueur était très populaire : le « sauvo-crestian ».. L’heure du recueillement arrive, alors…

C’est MINUIT, heure solennelle…HEUREUX NOEL A TOUS.

C. M.

Vous pouvez prolonger cette promenade en lisant

-La Provence et le  Comtat venaissin ; Arts et Traditions populaires, de F. Benoît . Ed. Aubanel

Santoun de A. François Ed. du Cerf

-Les fêtes de Provence de J.P. Clébert Ed. Aubanel

-Le gros souper à Marseille de J.Licard Ed. des Traditions Locales

-Les métamorphoses de la fête en Provence de M. Vovelle Ed. Aubier Flammarion