AQUI  n° 5                                            MAI 1987


Le saviez- vous ?

 

René Chapus , l’historien salonais bien connu , nous a quitté . Inlassable animateur , il faisait vivre la maison de Nostradamus , participait à l’Association d’archéologie de Salon et représentait une véritable mémoire vivante de la Cité . Avec sa générosité proverbiale , il avait extrait de ses archives tout ce qui concernait Grans , poussant le soin jusqu’à recopier à la main ce qui , avec le temps , était devenu peu lisible  ( voir document ci-après ) . H.T.G. rend hommage à la mémoire d’un homme qui faisait revivre l’histoire …

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Chapelle Saint-Georges : du nouveau . la délimitation des parcelles autour du bâtiment progresse ; les premières photos aériennes nous sont parvenues et permettront , grâce à un débroussaillage des abords de préciser quelques hypothèses concernant l’importance du site et son origine . Le dossier est suivi en liaison avec le ministère des Affaires Culturelles .

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Appel à témoins : nous recherchons tous renseignements concernant la «   revue d’actualité «  , présentée à Grans probablement vers 1928-1930 .

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Imagination : parmi les trois projets farfelus énumérés ci-dessous , l’un au moins a été étudié très sérieusement vers 1920 , à tel point qu’un dossier fut publié pour être présenté aux Autorités compétentes :

1) la création des Etablissements de cure thermale gransois ( E.C.T.G. ) «  Mary-Rose «  , avec hôtels , bains et même un casino , à la place de l’actuelle mairie .

2) Salon port de mer : ouvrir Salon sur le Grans large , grâce à un canal à écluses vers l’étang de Berre …

3) Barrage hydroélectrique pour régulariser la Touloubre ( eaux d’irrigation ) et améliorer le potentiel énergétique provençal ( électricité ) . Noyant le village sous un lac de retenue , ce projet expliquerait l’étymologie «  granouillens = grenouilles «  , non donné autrefois aux gransois .

Vous avez trouvé ? le projet en question sera exposé le plus sérieusement du monde , dans le prochain numéro d’AQUI !

 

            Pour nous contacter : une boite aux lettres «  AQUI  --H.T.G. «  se trouve dans l’entrée de la mairie .

 

(Dessin humoristique de Jean-Claude Dauphin)
( illustration des projets évoqués ci-dessus )

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NOS ANCETRES LES GRANSOIS  

 

DU MAUVAIS TOUR DU ROI LOUIS XIV AUX NOTABLES DE GRANS  …

En France, au XVII ° siècle, comme au Moyen Age, chacun était libre d’adopter et de porter des armoiries. Pas besoin pour cela d’être nobles, ni d’exercer des responsabilités municipales. En aucun cas, on n’avait le droit se s’approprier les armes d’une autre famille. C’était une affaire de droit et aussi d’honneur.

Ce  qui était réservé aux nobles, c’était le «timbre «, c’est à dire le casque, couronné ou non, surmontant l’écu. Un édit de François 1er avait reconnu aux nobles seuls le droit de «timbrer «leurs armes. L’édit a été souvent répété par la suite et assorti de graves menaces d’amende , ce qui n’empêchait  guère bon nombre de gens d’orner leur armes de somptueux panaches et de glorieuses couronnes .

Dessins : divers types de couronnes ;

Divers types de heaumes .

Les assemblées révolutionnaires se trompèrent et virent dans les armoiries un signe  extérieur  de noblesse . Du coup , elles les interdirent . Le roi Louis XIV n’aurait jamais eu cette idée . Lui ou plutôt ses ministres , en eurent  une autre  , mille fois meilleure : utiliser les armoiries comme matière à impôt .

En cette année 1696 , les caisses de l’Etat étaient vides . Ce sont des choses qui arrivent de tous les temps  et pour toutes sortes de raisons . Cette année-là , les raisons étaient la guerre , Versailles , les mauvaises récoltes . Il fallait trouver un moyen de faire arriver l’argent aux finances publiques . De tout temps , l’imagination des inventeurs d’impôt a été féconde . N’en citons qu’un exemple, bien antérieur aux cartes à jouer, tabac et allumettes ou portes et fenêtres, puisqu’il date du Moyen Age : c’est la courte-pinte .

L’honneur de cette invention revient à des Bourguignons  . C’était pendant la guerre de Cent ans . Il fallait rebâtir les remparts des villes pour les protéger des chevauchées anglaises . Les frais de la reconstruction  étaient , bien entendu , à la charge des municipalités qui cherchaient le moyen «  le plus profitable  à la dicte ville et le moins grevable aux habitants d’icelle «  pour faire rentrer de l’argent . La courte-pinte fut un de ces moyens . C’était un impôt sur la vente du vin au détail dans les tavernes . En ce temps-là , on le servait par pinte . Plutôt que d’augmenter le prix de la pinte de vin , pour y inclure la taxe , on diminua , sans baisser le prix la contenance de chaque «  canon «  . On ne servit donc plus que de courtes pintes . L’histoire ne dit pas si les clients s’en prirent au tavernier ou percepteur …

Au temps de louis XIV , le vin était déjà chargé de tant d’impôt qu’il était difficile d’en ajouter un nouveau . On trouva mieux : il s’agissait de faire payer les gens qui «  avaient de quoi «  , ceux qui portaient des armoiries .

Voilà pourquoi un édit du roi , en novembre 1696 , s’avisa de « remédier aux nombreux abus commis contre le droit héraldique «  . Dans ce but était institué un armorial général , «  dépôt public des armes et blasons «  , recensant toutes les armoiries qui étaient portées en France , par les communautés comme par les individus nobles ou non-nobles .  les communautés religieuses et les corporations , les nobles , les bourgeois et autres notables  devaient faire enregistrer leurs armes aux maîtrises régionales  crées à cet effet , sous le contrôle d’une maîtrise générale  , moyennant finances évidemment .  Le droit d’enregistrement s’élevant à vingt livres  pour les individus , l’opération devait être pleine de profit pour les finances publiques . Elle ne connut pas un franc succès . Malgré la menace d’une amende de trois cent livres pour les récalcitrants , les français ne se pressèrent pas en foule aux bureaux d’enregistrement .

Parut alors un deuxième édit , le 3 décembre 1697 , qui prescrivait l’établissement de listes où seraient inscrits tous ceux qui pouvaient – ou plutôt devaient  porter des armoiries . Ceux qui n’avaient jamais songé à le faire y furent donc contraints , ainsi qu’à payer les vingt livres prévues pour l’enregistrement . C'est pour eux que l’administration inventa ces armes parlantes ridicules que l’on trouve en feuilletant  l’Armorial , comme celles de cet apothicaire breton à qui l’on imposa , moyennant vingt livres , un «  écu d’azur à la seringue  d’argent accompagnée de trois pots de chambre du même «    …

Exemples d’écus

En Provence , l’usage des armoiries était moins répandu qu’ailleurs . La tradition était celle de l’acte écrit , du notariat , de la signature . bon nombre de bourgeois n’avaient jamais eu l’idée de faire l’usage du blason . Il s furent les victimes des agents de Luis XIV et de leur zèle héraldique . les articles consacrés à la ville de Grans par l’Armorial général ( tome II , p. 585-586 , n° 549 à 561 ) sont recopiés ci-dessous :

Barthélemy Pellissier , viguier de la communauté de Grans : de sable à un manteau d’hermine ;

François Pellissier : juge de la communauté de Grans  : de même ;

Pierre Brochier , bourgeois du lieu de Grans : d’or à une broche de sable en pal ;

Jean-Baptiste Cornille : d’argent à un cornet de gueule ;

Antoine Cornille : comme Jean-Baptiste ;

Firmin Cournand , bourgeois du lieu de Grans : d’azur à une couronne d’or ;

Etienne Vallière , bourgeois du lieu de Grans : d’or à une valise de sable ;

François de Levy , bourgeois du lieu de Grans : d’argent à un levier de gueules en bande ;

Jean-Pierre Dor , bourgeois du lieu de Grans : de gueule à une balanche d’argent trébuchant  à senestre , le plat de la destre chargé d’un monde d’azur et celui de la senestre d’une bourse d’or ;

Louis Curet , bourgeois de la communauté de Grans : de sable à un cure-dent d’argent ;

Joseph Cosman , bourgeois de la communauté de Grans : d’or à un coq de sable ;

Gilles Boquet , bourgeois de la communauté de Grans : de gueules à un bouquet d’argent ;

Maires et consuls de Grans : d’argent à trois fasces d’azur , celle du chef chargée d’une coquille d’or .

Les armoiries de Grans  ne sont plus celles du XVIII ème siècle : pourquoi ? Nous le saurons peut-être un jour …

                                          Françoise   Autrand

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NOS ANCETRES LES GRANSOIS ( suite ) :  

 

                           A LA PICHOULINE …

 

 

Aimez-vous les olives à la pichouline ?

Bien sûr . Et vous avez raison .Car la pichouline est l’une des meilleures façons de confire les olives , en ajoutant à leur arôme un petit arrière goût de fenouil . En plus , c’est vraiment une spécialité de Grans .

Mais , savez-vous d’où vient ce nom de « pichoulino » Si oui , bravo ! Si non , faites comme moi . Ouvrez le tresor dou felibrige de Fréderic Mistral , ce grand dictionnaire provençal . On y lit la définition suivante :

 

                    Pichoulino – pichourlino – Pechoulino :

 

… Picholine , variété d’olive , allongée , ovale , à petit noyau , bombée d’un coté  et  propre à être confite pour l’usage de la table .

 

                    Oulivo à la pichoulino :

 

… Olives confites dans une lessive alcaline . On attribue l’introduction de ce procédé à un italien du nom de Piccioloni qui s’établit à Saint-Chamas dans le siècle dernier .

 

        Le «  siècle dernier « était le XVII ème siècle . A cette époque –là , à la suite des habiles Picciolini , nos voisins de Saint-Chamas s’étaient mis à confire leurs olives «  à la Pichouline «  et leur préparation eut tant d succès que leurs olives se vendaient dans tout la Provence et bien au delà . Les villes voisines en faisaient autant . La production et le commerce des olives , de l’huile , du savon faisaient la prospérité de notre région , à peine gênés par une fiscalité tracassière .

       Ce sont précisément ces tracasseries fiscales qui valurent aux olives à la Pichouline les honneurs d’une publication où l’on ne s’attendait pas à les trouver … Je veux parler des cahiers de doléances , présentés au bon roi Louis XVI à l’occasion de la réunion des Etats Généraux , à Versailles , au printemps 1789 .

             L’hiver avait été rude . Les oliviers avaient gelé . La récolte prochaine allait être maigre . Qu’au moins elle se vende bien et que son revenu ne s’évapore pas en impôt . Tel était le vœu des campagnes provençales .

             Nous ne savons pas en quels termes nos ancêtres les gransois ont expliqué cela à Louis XVI , car leur cahier de doléances a disparu . Mais ceux de Saint-Chamas l’ont bien dit , dans leur cahier qui lui a été conservé . Les doléances des habitants de Saint-Chamas s’ouvrent sur un chapitre de «  demandes générales «  où souffle un grand vent de liberté et de ferveur . De nobles considérations sur la loi et la société nous font penser que nos ancêtres avaient le cœur haut placé . Pourtant , les rédacteurs de cette belle prose ont dû penser aussi que leur texte allait être lu à haute voix devant l’assemblée des chefs de famille . Et ils se doutaient bien que plus d’un auditeur , après avoir entendu leurs belles envolées , allait hocher la tête en disant : «  A ben parla , a ren dit « !

                         Voilà pourquoi apparaît dès ce premier chapitre un article réclamant : « l’abolition de tous droits sur la circulation des denrées provenant du crû de la France et de tous les objets de fabrication française dans l’intérieur du royaume et notamment sur les huiles , savons et olives à la Pescioliny «  

Les habitants de Grans ont-ils formulé la même demande ? Nous ne le savons pas .

En tout cas , ils préparaient eux aussi leurs olives «  à la pichouline » . Si les dames de Grans en avaient ignoré la recette , elles auraient pu la demander à l’une des plus notables dames de la ville , Dame Marthe de Venerosi de Picciolini qui était issue de la grande famille italienne établie à Saint-Chamas et avait épousé un grand personnage de Grans , monsieur Jean-Baptiste Pelissier , avocat au parlement de Provence .

           Voilà comment l’art de confire les olives nous rappelle que nos ancêtres les gransois vivaient dans un milieu ouvert où circulaient  les hommes , les marchandises , les idées . Certains d’entre eux , d’ailleurs ,  quittant leur ville natale , firent leur carrière dans les Echelles du Levant et de Barbarie . Nous connaîtrons bientôt les aventures d’un gransois à Alger , au temps de Louis XV .

 

                                                                Françoise Autrand

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PROMENADE …  A  BARBEGAL.

 

         Voici une nouvelle rubrique : si l’objet d’AQUI est d’abord notre village , Grans ne saurait être isolé du reste de la Provence . Le but de ces articles est donc double : replacer l’activité présent ou passée du village dans son contexte régional , fournir en même temps à nos lecteurs l’idée de quelques promenades que nous espérons instructives .

          Nous limiterons donc ces thèmes à des visites de sites proches ( moins de 100 km  , aisément accessibles ( pas de parcours du combattant ! ) , et d’un intérêt culturel affirmé ( l’étude comparée des plages provençale n’est pas au programme ) . Aujourd’hui : la meunerie hydraulique romaine de Barbegal .

 

( Photo : instruments agricoles gallo-romains . Arc de triomphe de Reims . III ème siècle) .

 

I )   THEME DE LA PROMENADE  :

 

            Grans a longtemps eu une activité de meunerie , dont le moulin de M. Vallières est aujourd’hui le dernier représentant . L’importance  des céréales ( seigle , sarrasin , millet , froment … ) dans les habitudes alimentaires se retrouve sur tout le pourtour méditerranéen . Les techniques agraires associées à cette activité ( types de labours , de semailles , moissons … ) se prolongent vers la meunerie avec un processus immuable : battage ou dépiquage , vannage , meunerie enfin . l’ingéniosité humaine s’est donc attachée à perfectionner cette série d’opération vitale pour la population , et réclamant une part essentielle de son temps !

             Le site de Barbegal sera donc un bon prétexte pour rappeler la permanence d’une activité céréalière et meunière ( de la «  galette «  du néolithique à la baguette d’aujourd’hui ) et les mutations des techniques afférentes : araires et charrues , le battage , les meules . Nous retrouvons à cette occasion l’empreinte romaine , si présente dans notre région .

 

II )   LE SITE (LOCALISATION ) :

 

        Près de Fontvielle ( moulin de «  Daudet «  ) , à 12 km des Baux . Depuis Grans , il faut compter environ 40 km .

L’itinéraire : 1 ) gagner le carrefour de la croix de Callamand ; le traverser et rattraper la 113 , direction Arles ( 5 km ) ;       

                     2 ) au carrefour de la Samatane  ( + 9 km ) , tourner à droite , direction Mourriès et Maussane  ( + 13 km ) ; à Maussane , prendre la direction du Paradou ( + 2 km ) puis de Fontvielle ( + 7 km ) .

                     3 ) Dans Fontvielle , tourner à gauche ( D 33 ) vers le célèbre moulin , et continuer la route pendant 4 km jusqu’à un carrefour : à droite , c’est l’abbaye de Montmajour , à gauche : «  aqueduc romain « ; celui-ci , que la route traverse , est à 1 km . Se garer sur le coté ;

                  4 ) suivre le bord de l’aqueduc vers le site ( respectez les cultures ! ) ; on arrive alors en haut du site aménagé par les romains .

Nota : un accès est possible par le bas : suivre la route qui revient vers le Paradou et prendre le premier chemin en terre sur la droite . Laisser la voiture après 400 m et continuer à pied ( 5 mn ) .

 

(Carte de localisation)

 

Curiosité : entre la Samatane et Mouriès , une porcherie en plein air . En voyant ces sympathiques animaux , comment ne pas se rappeler le géographe grec Strabon ( vers 15 av. J.C. ) , décrivant les porcs gaulois : «  les porc vivent an plein air ; ils sont d’une taille , d’une force et d’une rapidité extraordinaires ; pour toute personne non familière qui les approche , ils sont aussi dangereux que les loups … «  .

 

 

III )  HISTORIQUE :

 

       Si les romains avaient implanté une véritable usine de meunerie à Barbegal , c’est qu’autrefois la Provence était terre à blé ; écoutons encore Strabon : «  la Narbonnaise dans son ensemble a les mêmes productions que l’Italie ( blé vigne , olivier  , ndlr ) . Mais , à mesure que l’on avance vers le Nord , l’olivier et le figuier font place aux autres productions , tandis que la vigne n’arrive pas facilement à maturité . Tout le reste du pays produit du blé en abondance , du millet , des glands et toute sorte de bétail … «  .

 

C’est Fernand Benoît qui , dans les années 30 a ressuscité Barbegal : il n’hésite pas à parler de véritable « usine » et le date du Bas Empire ( 284-395 ap. J.C. ) . Une construction d’une telle ampleur ne pourrait être qu’une entreprise d’Etat , travaillant pour le service fiscal  de l’époque l’annone , impôt de base en nature , réformé par Dioclétien , « tait surtout destiné à la solde de l’armée et des fonctionnaires ( à la faible solde s’ajoutait une ration en nature , blé essentiellement ) . Barbegal servait donc à moudre le grain des greniers impériaux ( horrea ) d’Arles .

 

IV )  LE CONTEXTE AGRICOLE :

 

    L’usine romaine de Barbegal  n’est que l’aboutissement  d’une série de travaux agricoles dont l’ordre est immuable . Ne mettons pas la charrue avant les bœufs … et commençons précisément par le travail de la terre .

                     A ) Les labours . Ici comme partout dans l’agriculture , pas de révolution mais une lente évolution du matériel ; la houe ( schéma ci-dessous ) et surtout l’araire primitif dont la diffusion est lente depuis le Moyen Orient ( époque de l’âge du bronze , vers 1700 av. j c ) ; il connaît de multiples versions , dont au moins trois sont répandues en Provence :

 

(Schéma : une houe)
(Carte : type d’araires et leur répartition en Provence)

 

  La charrue apparaît plus tard , se perfectionne à partir du Moyen-Age avec un soc en fer , puis un versoir , un régulateur . L’exemple présenté ci-dessous ( fin XIX ème ) est la somme de bien des tâtonnements et de modifications successives ;

 

(Schéma : une charrue traditionnelle)

 

                  B ) les semailles . Point de difficultés , pourrait-on penser , tant le  " geste auguste du semeur "  nous est familier . Ce n’est pas ce qu’en pensait Xénophon ( vers 370 av. j c ) . Ecoutons-le :  

 

(Extrait de Xénophon , Economique , XVI ).

 

2000 ans plus tard , vers 1812 , le geste en question reste le même , comme le raconte Agricol Perdiguier dans les Mémoires d’un compagnon «  

 

(Extrait des mémoires d’un compagnon)

 

Pas évident , donc , jusqu’à l’apparition du semoir à roue tel que nous le montre une planche de l’Encyclopédie de Diderot ( 1762 ) :

 

(Planche de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert)

 

                  C ) La moisson : d’abord la remarquable faucille du néolithique , en bois et silex :

 

 (Faucille du néolithique)

 

L’instrument se perfectionne ensuite avec l’utilisation du métal : c’est la   « voulame «  connue en Provence dont la lame est soit tranchante , soit dentelée :

 

(Faucille et voulame ; extrait du Martyrologe d’Usuard , XIII ème)

 

La faux apparaît plus tard , inventée par les gaulois . L’avantage de la faucille est de moins secouer l’épi , donc de perdre moins de précieux grains ; les tiges , rassemblées en javelles , sont ensuite chargées et amenées à la ferme pour être battues .

 

(Dessin : moisson au début du XIX ème siècle)

 

Variante : la faux à râtelier , encore utilisée au début de ce siècle :

 

(Photo d’une faux à râtelier , Limousin , début XX ème)

 

A propos de moisson , voilà ce qu’en disait Homère ( Iliade , XVIII ) :

 

(Extrait de l’Iliade)

 

… et voici comment Mistral voit la même scène , dans «  Li meissoun «  

 

(Extrait de «  li meissoun «  , F. Mistral)

 

                 D ) le battage et le vannage . L’opération consiste à séparer les grains des épis , à faire tomber l’enveloppe du grain lui-même ( la balle ) , enfin à récupérer celui-ci . Suivant le lieu ou l’époque , les javelles sont réparties sur l’aire et sont foulées par des animaux , battues au fléau ou au rouleau à battre . L’utilisation du fléau est attestée au Moyen-Age , comme le montre un manuscrit de 1375 :

 

(Extrait d’un manuscrit de 1375)
(Carte : évolution des procédés de battage en France au XIX ème)

 

Quand à Pierre Véran ( dans Statistiques d’ arles ) , il décrit en 1806 le premier cité de ces  procédés :

 

(Extrait de « Statistiques d’Arles «  1806)

 

Le vannage s’achève à l’aide d’un tamis , du moins jusque vers la fin du XIX ème qui verra l’apparition des tarares ou machines à battre .

 

               E ) La meunerie : Nous y voici ! Deux types de systèmes , plus ou moins efficaces , ont été utilisés . D’abord ceux basés sur la force humaine ( moulins dits «  à sang «  ) ou animale , et dont voici quelques exemples :

1)  Le plus simple : meule dormante et molette , époque néolithique . Le grain est écrasé lors des passages successifs de la molette ;

 

(Schéma d’une meule néolithique)

 

2)  L’opération est décomposée en trois étapes chez les égyptiens , mais la technique n’a guère progressé :

 

(Pilonnage , tamisage et broyage  ( Beni-haan ; Egypte,  XV ème av. j c )

 

3)  Admirez le génie inventif des grecs ( simplicité et efficacité ) :

 

(Meule dormante et broyeur à trémie ; moulin «  d’Olynthe »   Fin du V ème au III av. j.c.)

 

4)  … et la complexité relative du système romain :

 

(Mola asinaria >  meule courante en sablier ; apparaît au II ème av. j c en Italie puis : Afrique du nord , Grèce , Gaule ) .

 

Mais , quelque soit l’ingéniosité du procédé , le broyage du grain à domicile était un travail pénible dont l’homme chercha très tôt à se délivrer . L’empire romain permit donc la diffusion d’une technique importée de Mésopotamie et connue dans les villes grecques d’Asie mineure . Barbegal est le plus ancien exemple connu en Provence .

La force motrice , l’eau , est amenée par deux aqueducs ; l’un desservait la ville d’Arles , l’autre , après un bassins de répartition ( voir schéma ) actionnait les deux trains de huit moulins superposés , en profitant astucieusement de la déclivité :

 

(Plans et coupes transversaux)

 

Le plan ci-dessous vous permettra de mieux comprendre le mécanisme et de reconstituer l’ensemble :

 

(Barbegal : schéma vu de dessus)

 

Voilà le détail d’une chambre de meunerie :   … et une vue d’ensemble :

 

(Schéma d’une chambre de meunerie et schéma : reconstitution générale du site)

 

 le système utilisé à Barbegal n’a connu que des modifications mineures dans les siècles qui ont suivi , comme  en témoigne le document suivant :

 

                           (schéma : moulin à roue verticale , d’après une miniature du manuscrit d’Herrade de Landsberg , XII ème siècle.)

 

Selon Fernand Benoît , le système d’engrenage était simplifié dans les moulins installés dans les torrents des Alpes du Dauphiné ou sur les ruisseaux du comtat Venaissin , suivant le principe illustré ci-dessous :

 

(Système d’engrenage à roue horizontale  , pris directe.)

 

       Nombreux en Provence , ces moulins sont attestés dès le VI ème siècle sur la Durançole de Saint-Gabriel , et au XII siècle sur le canal du Vaucluse à Avignon …

  L’utilisation de l’énergie éolienne ( moulin à vent ) ne se répand qu’à partir du XII ème siècle , grâce aux croisés qui introduirent une technique déjà courante en orient . Ici encore , le premier exemple que l’on puisse dater avec quelques certitude se situe aux environs d’Arles , vers 1170 . la généralisation dans les villages se fait au XVII siècle et , toujours d’après F. Benoît , on peut dater du règne de Louis XIII ( 1610-1643 ) ceux de Fontvielle , de Trinquetaille , de Villeneuve … Contrairement à se que l’on pourrait penser , les moulins hydrauliques seront toujours plus nombreux que les moulins à vent : 269 contre 7 dans le Vaucluse vers 1800 . Admirons néanmoins l’ingéniosité de ce procédé dont Fontvielle est une parfaite illustration :

 

(Schéma : moulin à vent ; type de Provence.)

 

Avant d’arriver au stade ultime de la panification , il restait encore à raffiner la farine dans le blutoir , ce qui était généralement fait à domicile . grand coffre en bois , le blutoir ou «  tamisadou » renferme un cylindre perforé tournant qui sépare le froment du gruau et du son ( destinés aux animaux ) . Après quoi , il ne reste plus qu’à pétrir et à enfourner la pâte …

 

Conclusion :

C’est donc un ensemble exceptionnel que nous pouvons voir à Barbegal , à travers les travaux remarquables de F. Benoît . Moulins à vent et hydrauliques ont d’indéniables qualités esthétiques et font partie du paysage provençal ; n’oublions pas qu’ils sont avant tout des instruments créés par l’homme pour soulager sa propre peine !

Lors de votre visite , pensez à emporter ce numéro d’AQUI : les schémas vous permettront de mieux vous repérer et de comprendre ce que pouvait être Barbegal , sous l’empire romain …

 

                                                                       D. Moynault

 

 

(Vannage , d’après un manuscrit du XII ème)

 

 

Bibliographie :

P. Petit : le Bas-Empire , ed. Seuil ;

Remondon : la crise de l’empire ;

F. benoît : annales historiques et sociales , T. 1 , 1939 ;

 //    // : la Provence et le Comtat Venaissin ; ed. Aubanel , 1975 ;

J. Kolendo : techniques rurales en Gaule romaine , 1960 ;

« Campagnes méditerranéennes : permanences et mutations «  : dossier du CNDP , qui a fourni de nombreuses illustrations ;

 

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LOU MEDECIN DE CASTEU-REINARD

 

 «  L’autro semano , Tubet de Castro-Reinard  rebroundavo li pibo dou castèu . Sabe pas coume s’alignè , mai vaqui que toutd’un cop lou ped lé manco , la tèsto lé viro , s’arrapo au vènt e pataflou , eiçavau lou matalas di lèbre ! Pecaire , cridè ni ai ! ni houi ! Quand li gènt que l’avien vist debana  , arribèron , lou paure Tubet boulegavo plus ni bras ni piauto ! L’aubourèron , l’assetèron sus soun quiéu , lé parlèron , mai lou paure fasié coume lou caramentran , restavo ounte lou metien , li bras balin-balan e li cambo peréu .

Pamens li bràvi gènt aduguèron uno civero , em’aco l’estendèron dessus coume uno bugado , e l’emportèron .

Avans d’arriba à Castèu-Reinard , veguèron veni la femo de Tubet , li bras en l’èr , cridant coumo uno perdudo . Se traguè sus soun paure ome , l’embrassè lou sounè , lou brandussè , mai Tubet brandè pas mai qu’un plot .

Basto , l’aduguèron à Castèu-reinard e , coume passavon davans lou cafè Chabanié , se capitè que lou medecin de l’endré chimavo soun pernod emé lou percetour .

Rèn de plus pressa que de lè faire veire lou paure amaluga . Lou medecin lou tastè , lou virè , lou fournè , escoutèsus soun estoma , pièi sus esquino , lé fourrèlou det dins la bouco , lé pessuguè l’auriho , en fin finalo , vesènt que l’omo di lavamen disié rèn e que fasia que branda la testo , lou Friso-mounedo lé faguè :

- Eh ! bèn de que n’en disès , Moussu lou doutour ?

- Que voulès plus que n’en digue ? Vesès pas qu’es mort !

- Es pas verai ! cridè tubet en aubourant li bras en l’èr e en durbènt d’iue coume lou poung .

- Taiso-te ! Taiso-te ! lè fai la tubeto , sa femo , de que dises aqui , gros foutrau ? vos pamens pas n’en saupre mai que lou medecin «

 

La semaine dernière , Tubet , de Châteaurenard émondait les peupliers du château . Je ne sais pas comment il s’y prit , mais voici que tout à coup , le pied lui manque , la tête lui tourne , il s’accroche au vent et , patatras , le voilà en bas , sur le matelas des lièvres ! peuchère , il ne cria ni aïe , ni ouille ! Lorsque les gens qui l’avaient vu tomber arrivèrent , le pauvre Tubet ne remuait ni queue ni patte ! ils le soulevèrent , l’assirent sur son séant , lui perlèrent , mais le malheureux faisait comme le caramentran : il restait tel qu’on le mettait , les bras ballants et les jambes de même .

           Pourtant , les braves gens amenèrent une civière , l’étendirent dessus comme un paquet de linge sale et l’emportèrent .

Avant d’arriver à Chateaurenard , ils virent accourir la femme de Tubet , les bras en l’air , criant comme une perdue . Elle se jeta sur son infortuné mari , l’embrassa , l’appela , le secoua , mais Tubet ne bougeait pas plus qu’un billot .

            Bref , ils l’emmenèrent à Chateaurenard et , comme ils passaient devant le café Chabanié  , il se trouva que le  medecin du lieu sirotait son Pernod en compagnie du percepteur .

            Rien de plus urgent que de lui faire voir le pauvre blésé . Le medecin le palpa , le tourna , le retourna , ausculta son estomac  , puis son dos , lui mis le doigt dans la bouche  , lui pinça l’oreille ; finalement , voyant que «  l’homme des lavements «  ne disait rien et hochait sans cesse la tête , le «  Frise-monnaie » lui demanda :

- Et bien , qu’en dites-vous , Monsieur le docteur ?

Que voulez-vous que j’en dise ? Vous ne voyez pas qu’il est mort !

Ce n’est pas vrai , hurla Tubet , levant les bras au ciel , et des yeux gros comme les poings ;

Tais-toi ! Tais-toi ! s’indigna la « Tubette » , sa femme , que dis-tu là , gros nigaud ? Tu ne prétends tout-de-même pas en savoir plus que la medecin ! …

 

                                               Traduction : Jean-Claude Dauphin

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